Un an après, la première baptisée de Notre-Dame se confie…

Paris Notre-Dame du 26 février 2026

Baptisée l’année dernière lors de la Vigile pascale dans la cathédrale, sous le regard de Paris Notre-Dame (voir PND n°2051), Audrey Bourgès, 25 ans, vit son premier Carême en tant que néophyte. Un an après l’intensité de cette nuit de Pâques, celle qui restera comme la première baptisée de la réouverture de Notre-Dame découvre ce temps liturgique autrement, tandis que le concile provincial sur l’accompagnement des catéchumènes et des néophytes est entré dans sa première phase, celle de la consultation.

Audrey Bourgès, baptisée par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, le 19 avril 2025, lors de la première Vigile pascale à Notre-Dame après la réouverture de la cathédrale.
© J-B. Delerue

Paris Notre-Dame – Vous avez été baptisée à Notre-Dame de Paris l’année dernière, lors de première Vigile pascale après la réouverture. Quels souvenirs gardez-vous de cette nuit ?

Audrey Bourgès – Un souvenir très ému. Je le raconte encore souvent autour de moi et la mémoire de cette soirée est intacte. Cela restera, je pense, l’un des plus grands moments de ma vie ! J’avais conscience de vivre un événement d’une certaine manière « historique » et j’étais très stressée… surtout lorsque l’on m’a dit que je serais la première à être baptisée. Mais finalement, tout au long de la Vigile pascale, je me suis sentie portée par la liturgie et la prière de l’assemblée. Je me rappelle tout particulièrement de la litanie des saints – à laquelle nos prénoms avaient été ajoutés – qui nous a accompagnés alors que nous remontions la nef vers le baptistère...

P. N.-D. – Comment avez-vous vécu le passage de l’intensité de cette nuit de Pâques à l’enracinement sans doute plus intime et aride de la vie chrétienne au quotidien ?

A. B. – Il est vrai que passer d’une préparation quasi intensive à un retour à la normale ne se fait pas sans mal ! Ma grande chance est que, comme j’avais rejoint le groupe en cours, le curé de ma paroisse de Ste-Anne de la Butte-aux-Cailles (13e), m’avait demandé de poursuivre le catéchuménat jusqu’à la fin de l’année scolaire 2025. Je n’ai donc pas été « livrée à moi-même » comme peuvent le ressentir certains. Mais il est vrai que le dimanche suivant, lorsque je suis retournée à la messe et que j’ai, pour la première fois depuis la Vigile, communié comme n’importe quel fidèle, j’ai pris conscience que quelque chose avait vraiment changé. C’était finalement le point le plus tangible car même avant mon baptême, j’allais déjà à la messe chaque dimanche. La seule différence qu’il pouvait y avoir entre moi et les autres fidèles était que je ne pouvais pas aller communier – le jour de mon baptême ayant aussi été celui de ma première communion et de ma confirmation. Et j’avais également déjà un fort sentiment d’appartenance à un groupe grâce à mon engagement au sein du scoutisme. En revanche, ne plus bénéficier d’enseignements réguliers a laissé un vide et je comprends que cela puisse être plus difficile pour des personnes qui seraient plus isolées ou qui auraient moins le temps de s’impliquer dans les activités paroissiales.

P. N.-D. – Ce Carême est le premier que vous traversez non plus comme catéchumène mais comme néophyte. Comment vous apprêtez-vous à vivre ces semaines sans « attente » sacramentelle ?

A. B. – Avec moins de pression, je dois le reconnaître ! Quand j’y repense, l’année dernière, je n’avais pas vraiment saisi ce qu’était le Carême. J’avais intégré, tout comme cette année, une « cordée » – un groupe de quatre ou cinq paroissiens qui se retrouvent chaque semaine pendant le Carême pour une soirée de partage. Les membres de mon groupe ont été très accueillantes et ont répondu à toutes mes questions mais cela n’en a pas moins été difficile pour moi… Je m’étais imposé des obligations alors que je réalise, avec le recul, que ce n’est ni le message, ni l’esprit de ce temps liturgique. Cette année, je le vis de manière plus réfléchie, sereine et apaisée. Et je suis moins dans l’attente, il n’y a plus le baptême en ligne de mire. Je me sens plus à ma place et j’ai la sensation de davantage me rapprocher de ce qu’est réellement le Carême.

P. N.-D. – Après la joie intense de la nuit de Pâques, avez-vous traversé un « creux » spirituel ?

A. B. – Je sais que cela arrive à de nombreuses personnes mais j’ai la chance de ne pas avoir traversé traversé cela, en grande partie car j’ai continué à assister à la messe tous les dimanches, à prendre part aux réunions scoutes, à m’engager dans l’aumônerie des lycéens, etc. Cela m’a beaucoup aidée. Mais je me dis quand même que cette année a été folle ! Je n’ai pas du tout l’impression qu’il s’est passé bientôt un an depuis mon baptême… Il me semble parfois que c’était le mois dernier ! J’étais d’ailleurs nostalgique quand 2025 s’est achevé : tant de belles choses s’étaient accomplies dans ma vie en un an... Et même cette année, lors de la messe des Cendres, l’homélie, avec l’ouverture du concile, était axée sur le thème du catéchuménat, et j’avais le cœur un peu serré en réalisant que je n’étais plus la première concernée.

P. N.-D. – Justement, le concile provincial sur l’accueil des catéchumènes et des néophytes est entré dans sa première phase de consultation. Qu’attendez-vous de ces travaux ?

A. B. – Le cœur du sujet est, à mon sens, ce qui revient depuis le début de notre échange : la nécessité de l’accompagnement et du soutien des néophytes… Le baptême, d’une certaine manière, « lance » dans la vie chrétienne mais il est malheureusement facile de devenir rapidement isolé et, dès lors, de faire face à des difficultés dans sa foi. Le catéchuménat est un cocon dans lequel nous sommes nourris par des enseignements, l’accompagnement individuel ou des moments de partage et je pense qu’un groupe « d’après catéchuménat » serait nécessaire pour que tout ne s’arrête pas d’un coup pour les néophytes. Je sais bien que les prêtres, en particulier, ont un emploi du temps déjà rempli mais peut-être pourrait-on imaginer des rencontres en groupe une fois par mois jusqu’à la fin de l’année suivant le baptême ? Pendant deux ans, on nous donne énormément et, dans le même temps, on nous demande aussi d’être très présents et, à notre échelle, de beaucoup donner. Et puis après, plus rien. C’est en tout cas, je trouve, une très belle chose que l’ensemble des fidèles s’empare de cette question. C’est le bon moment pour justement comprendre ce phénomène et voir ensemble ce que l’on en fait.

P. N.-D. – À l’approche de votre deuxième fête de Pâques comme chrétienne, quel désir portez-vous dans la prière ? Et serez-vous à Notre-Dame pour la Vigile pascale ?

A. B. – Je prie particulièrement pour que chacun passe un très bon Carême, particulièrement les catéchumènes. Je ne sais pas encore si je pourrai être dans l’église de ma paroisse qui est en travaux mais, même si j’ai une relation particulière et que je suis très attachée à Notre-Dame de Paris ainsi qu’à la cathédrale de Chartres auprès de laquelle j’ai passé mon enfance, c’est à Ste-Anne de la Butte-aux-Cailles que j’ai grandi spirituellement. C’est à cette famille que j’appartiens et auprès de laquelle j’espère être le soir de la Vigile pascale, pour entourer les catéchumènes qui seront baptisés et prier pour eux afin qu’ils soient dans la même ferveur que celle qui m’a portée l’année dernière.

Propos recueillis par Mathilde Rambaud

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