« Une transmission par le vécu et le partage »
Paris Notre-Dame du 30 juillet 2026
Alors que l’Église célébrait la Journée mondiale des grands-parents ce dimanche 26 juillet, Bénédicte Bourdel, responsable du média chrétien numérique Les Grands Veilleurs, décrypte le rôle irremplaçable des aînés dans la transmission de la foi.
Paris Notre-Dame – Quelle a été l’intuition de départ qui vous a menée à la création du média Les Grands Veilleurs ?
Bénédicte Bourdel – L’idée est née en échangeant avec de nombreux grands-parents. J’ai perçu chez eux une inquiétude profonde face à la rupture de la chaîne de transmission religieuse. Ils ont partagé la foi à leurs enfants comme le bien le plus précieux, mais constatent que ces derniers s’éloignent de l’Église et ne transmettent pas cette foi à leur tour, renonçant parfois même au baptême. Ces grands-parents se demandent s’ils ont encore un rôle à jouer pour ouvrir leurs petits-enfants à la foi et, si oui, comment s’y prendre. Face au constat qu’il existait peu d’initiatives pour y répondre, nous avons décidé, avec une petite équipe, de lancer, il y a dix-huit mois, un média numérique. L’objectif des Grands Veilleurs ? Être à leur écoute et créer une véritable communauté d’entraide. La seconde intuition concernait la place des grands-parents dans notre société en pleine évolution, où la transmission se fait de manière plus horizontale, notamment via les réseaux sociaux. Beaucoup sentent qu’ils ne peuvent pas simplement reproduire le modèle reçu de leurs propres parents. Il faut inventer autre chose, et notre média est là pour les aider à trouver cette juste place.
P. N.-D. – Qu’est-ce que les grands-parents peuvent apporter de plus que les parents dans cette transmission ?
B. B. – Je ne sais pas s’ils apportent quelque chose de plus, mais ils apportent assurément quelque chose de différent. Les parents sont les éducateurs, pas les grands-parents. Ces derniers bénéficient d’un regard déchargé des contraintes éducatives. Dans cette gratuité de la relation, ils peuvent nourrir un lien unique avec leurs petits-enfants, témoigner de leur foi et de leur confiance dans la vie, et les aider à grandir sous un autre angle. Ils sont dans une complémentarité essentielle avec les parents. La place que les grands-parents occupent dans le cœur des enfants est impressionnante, et ils n’en ont pas toujours conscience. Ils sous-estiment parfois la puissance de ce qu’ils sèment par leur témoignage ou par de petites attentions : une visite à l’église, une discussion sur la Création en contemplant la nature pendant les vacances... Même si l’enfant ne manifeste rien sur le coup, ces souvenirs resurgissent à l’adolescence ou à l’âge adulte, réveillant le désir de creuser cette foi. Je le vois concrètement en tant qu’accompagnatrice au catéchuménat : pour les trois derniers jeunes que j’ai accompagnés, l’élément déclencheur de leur démarche a été les souvenirs partagés avec leur grand-mère durant l’enfance. Il est donc capital de rassurer les grands-parents et de leur rappeler à quel point leur expérience est puissante.
P. N.-D. – Sur quelles clefs concrètes les grands-parents peuvent-ils s’appuyer pour transmettre ?
B. B. – La première est de construire une relation de confiance et de complicité dès le plus jeune âge. Ensuite, la transmission passe par l’exemple, par ce qu’ils vivent au quotidien. Enfin, cela passe par les moments partagés. On peut proposer une activité purement ludique qui n’ouvre sur rien, ou choisir des activités qui suscitent le dialogue. C’est à travers cet échange que l’on peut transmettre une part de sa foi. Ce n’est pas une transmission académique, c’est une transmission par le vécu et le partage.
Propos recueillis par Grégoire Delatouche
Plus d’infos : grandsveilleurs.org
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