Conférence de Carême de Notre-Dame de Paris : “L’Évangile selon Marie”

Le dimanche 9 mars 2025, Laurence Devillairs, normalienne, agrégée, docteur, a donné la première conférence du cycle “Notre-Dame, Reine de la Paix… du Magnificat à l’Apocalypse”.

Laurence Devillairs est Normalienne, agrégée, docteur habilitée à diriger des recherches en philosophie, et spécialiste du XVIIe siècle, notamment de Pascal. Elle a récemment publié La Splendeur du monde. Aller à la rencontre de la beauté (Stock, 2024) ; Être quelqu’un de bien et Le principe d’inquiétude. Philosophie de Pascal (Puf, 2022). Elle est directrice de collection aux Presses universitaires de France et enseigne à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Avec la participation de Maxime d’Aboville, comédien.

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Texte de la conférence

Reproduction papier ou numérique interdite. Les conférences seront publiées, avec les références et les notes, dans un livre aux Éditions Saint-Léger.

Nous ouvrons le temps du carême avec le Magnificat. Ce passage de l’évangile de Luc, auquel on a donné pour nom la première parole que prononce la Vierge Marie  : « Mon âme exalte [magnificat, en latin] le Seigneur…  » Mais avons-nous réellement pris la mesure des paroles prononcées par Marie  ?

Elles constituent par elles-mêmes un évangile, l’annonce d’une bonne nouvelle. Quelle est-elle, cette Bonne Nouvelle  ? Que dit le Magnificat, que nous proposons de lire comme l’évangile de Marie  ?

Il magnifie le nom de Dieu parce qu’il proclame que Dieu accomplit des miracles et qu’il enjoint les hommes de faire, à leur tour, des miracles. Car tout miracle est une natalité, c’est-à-dire la capacité à faire advenir ce qui n’était ni attendu ni même possible. La parole de Dieu est en elle-même un miracle en tant qu’elle comble au-delà de nos désirs, au-delà de ce que l’on pouvait attendre. C’est en cela qu’elle est foi et espérance. Foi, parce qu’elle ne répond pas à un besoin, pas même à un besoin de croire, qu’elle ne vient pas comme remplir un vide, servir une utilité. Espérance, parce qu’elle bouscule ce que je crois souhaitable, possible et désirable.

Dieu ne fait pas ce que je désire, il ouvre en moi un désir, qui est l’espace de la foi et de l’espérance.

Alors que débute pour nous le carême, il nous faut sans doute confesser que nous ne croyons pas suffisamment aux miracles. Nous sommes obnubilés, aveuglés par nos besoins et nos attentes, et nous oublions de magnifier l’impossible.

Ce n’est pas seulement que nous ne croyons pas aux miracles  ; c’est aussi que nous ne cultivons pas l’assurance qu’il nous est donné à nous-mêmes d’accomplir des miracles.

La foi de Marie est donc d’abord de croire au miracle, ce miracle premier, annoncé par l’ange, et qui est de porter en sa chair le Fils de Dieu. Le miracle est aussi de se sentir investie, par la puissance de la parole de Dieu, d’une capacité à accomplir elle-même, Marie, des miracles, en faisant advenir dans ce monde l’impossible, en faisant surgir dans ce monde l’ordre du divin, qui n’est pas la logique humaine.

C’est ce sens scripturaire, chrétien, mais aussi philosophique du miracle et de la natalité que je vous propose d’explorer ce soir, dans une alliance rare mais précieuse entre philosophie et foi.

Mais reprenons l’histoire à son début. Car si le miracle de la naissance est possible, c’est parce que, un jour du sixième mois, un ange est venu apporter une parole à une jeune femme de Galilée.

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David  ; et le nom de la vierge était Marie. Et après être entré chez elle, il lui dit  : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.  »

La foi est avant tout une histoire  ; elle n’est pas simplement de l’ordre de l’intime, ni même du spirituel, de ce que l’on garde pour soi et que l’on médite intérieurement  : la foi s’inscrit dans le tissu des heures et des jours, elle est ce qui a lieu. Ce n’est ni un vœu pieux ni une abstraction. Il n’y a pas plus réel que la foi, pas plus concret que le miracle. L’alliance de Dieu avec les hommes n’est pas de l’ordre du merveilleux. Elle est la réalité dans ce qu’elle a de plus anodin, de plus quotidien.

C’est en cela que la foi ne se réduit pas à une croyance  : elle ne renvoie pas à la fragile texture de ce que nous croyons ou avons besoin de croire  ; elle prend forme sous nos yeux, elle est la réalité même, que nous le voulions ou non. Elle ne consiste en aucun cas à prendre ses désirs pour la réalité. C’est tout le contraire  : Dieu fait advenir une réalité qui me fait désirer ce que je n’imaginais même pas.

Autrement dit, ce n’est pas parce que Marie était croyante que l’ange lui est apparu, mais c’est parce que l’ange est venu, un jour précis du sixième mois, que Marie a cru. D’autant plus que ce que l’ange avait à lui annoncer, sa croyance même ne l’y avait absolument pas préparée. C’est ce qui explique le trouble de Marie  :

À cette parole, elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. Mais l’ange lui dit  : « Sois sans crainte, Marie  ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus…  »
 
Mais Marie dit à l’ange  : « Comment cela sera-t-il possible…  ?  »

« Sois sans crainte  »  : ce qui s’oppose à la foi, ce n’est pas la réalité, puisque, on l’a dit, rien n’est plus réel que la foi  ; c’est la peur. Nous pourrions même aller jusqu’à dire que la croyance peut répondre à une peur qu’il s’agirait par là d’apaiser, alors que la foi se refuse toute compromission avec la peur.

Il est donc faux de dire que la religion est l’opium du peuple, puisqu’elle est à l’inverse ce qui nous fait habiter le monde, ce qui nous renvoie au monde, en nous enjoignant de le regarder dans les yeux, d’en honorer la présence. La foi porte en elle l’exigence de bannir tout ce qui nous ferait fuir le monde – par peur, par lâcheté, par paresse, par endormissement de la conscience.

C’est précisément cela qui se passe entre l’ange et Marie  : une épreuve de foi, donc de lucidité. Regarde, écoute, voici ce que Dieu fait pour toi, avec toi, tel est le message divin. Cette puissance de Dieu n’est pas une puissance qui effraie, mais qui bâtit. Elle ne contraint pas, elle donne et promet. Elle ne demande pas de mépriser ce qui est, mais d’en prendre toute la mesure.

C’est pourquoi l’ange répond  :

« (…) nulle parole venue de Dieu ne peut faillir.  » Marie dit alors  : « Voici la servante du Seigneur  ; qu’il m’advienne selon ta parole  !  » Et l’ange la quitta.

La puissance de Dieu est celle d’une parole. Dans une traduction plus courante, on peut lire  : « Car rien n’est impossible à Dieu.  » Il s’agit du terme grec de rhêma qui signifie la puissance d’une parole. Cette puissance est d’abord celle de s’adresser à moi, en personne, de venir me toucher, au cœur. Pile là où j’existe, où bat la pulsation singulière, le rythme unique de ma vie.

C’est d’ailleurs le même terme que reprend Marie  : « Qu’il m’advienne selon ta parole  !  » Dieu est une parole qui est aussi un acte. On le sait depuis toujours, depuis le fiat lux de la Genèse  : ce que Dieu veut, il le dit et le fait. Mais ce fiat lux des origines trouve ici une autre origine. Une nouvelle naissance. Tout va commencer. Quelque chose va voir le jour.

La foi, c’est recevoir au cœur une parole en laquelle nous avons confiance. Nous avons foi en Dieu parce que sa parole ne peut nous tromper, ne peut nous décevoir. Il est le seul pour qui nous pouvons être certains qu’il fera ce qu’il dit. C’est précisément cela que répond Marie en un credo sobre mais fort  : j’ai foi en cette parole qui ne peut faillir, j’ai foi en Dieu parce qu’il fait ce qu’il promet.

C’est l’espoir le plus total, le plus abouti, au point où cet espoir se confond parfaitement avec la foi  : je sais avec une confiance sans faille que tu feras ce que tu dis, et ce que tu dis sera. Pas l’un sans l’autre  : pas l’espoir sans la foi, qui serait un vœu pieux  ; pas la foi sans l’espoir, ce qui reviendrait au déroulement d’un simple programme.

Marie, en quelques mots, énonce la plus puissante des preuves de l’existence de Dieu  : il est ce qu’il dit et ce qu’il dit est ce qui est. Ce n’est rien moins qu’une reformulation de la révélation faite à Moïse, au travers de l’épisode du buisson ardent, où Dieu épelle son nom  :

« Je suis celui qui suis.  » Dieu est, il ne fait rien d’autre qu’être, toujours, à jamais, mais il est aussi ce qu’il dit.

Que dit Dieu à travers le message de l’ange  ? Il dit  : « Compte sur moi.  » À quoi Marie répond à son tour  : « Compte sur moi.  » Qui y a-t-il de plus puissant que cette puissance de parole  ? Qu’y a-t-il de plus charitable que le fait de répondre de soi, de dire « compte sur moi  »  ? En cela s’exprime indissolublement notre foi, notre charité et notre espérance.

À la condition toutefois d’accepter que Dieu n’obéit pas à notre logique  : rien ne lui est impossible parce que nos catégories de possible et d’impossible, qui expriment notre désir de mainmise sur le monde, ne valent rien pour Dieu. Ce qui motive en nous de telles manières de se rapporter au réel, c’est précisément la peur. La peur de ne pas voir advenir ce que nous attendons ou de voir advenir ce que nous ne voulons pas.

De là découle notre obsession qui consiste à tenter de donner raison à l’optimisme ou au pessimisme, au déclin ou au progrès. Mais la logique de Dieu n’est pas celle-là. La foi comme l’espérance bannissent la peur.

Pourtant, cette première partie de l’histoire finit sur une note un peu triste  : « L’ange la quitta.  » Cet épisode où le divin vient habiter notre maison a pris fin. Mais c’est pour mieux laisser advenir le temps de la grâce, celui où la parole, celle de Dieu comme la nôtre propre, se change en actes. Voici venu le temps de Marie, après celui de Dieu et de ses anges  :

Et en ces jours-là, Marie se leva et partit en hâte vers le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

À quoi reconnaît-on la foi, et la foi exemplaire de Marie  ? À sa hâte. Nous ne savons plus voir cette impatience de la foi qui anime les madones, les Vierges à l’enfant. Marie se hâte de parler à son tour, de dire ce que Dieu a promis. Dans la poésie d’Apollinaire, c’est dire « Comme la vie est lente/Et comme l’espérance est violente  ».

Cette hâte, c’est celle d’un désir comblé au-delà de toute mesure, celle d’un Dieu qui nous donne ce que nous ne pouvons pas nous donner à nous-mêmes, et qui dépasse nos capacités mêmes. Dieu comble outre mesure. C’est précisément ce que l’on entend par transcendance. Mais laissons la parole à Marie. Écoutons son évangile  :

Marie dit alors  : « Mon âme exalte le Seigneur,
 
et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante.
 
Voici pourquoi, dès maintenant, toutes les générations me diront bienheureuse, car le Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom, et sa miséricorde, d’âge en âge, est pour ceux qui le craignent.  »
 
Cet évangile marial se proclame à la première personne, la foi en effet bannit la langue de bois, tout autant que la tiédeur. Ce que Dieu a dit, je dois pouvoir le dire à mon tour, avec des mots choisis, un souffle, et une urgence. La foi n’attend pas. Pourquoi  ?

D’abord, parce qu’elle naît d’un désir, d’un excès de désir puisque Dieu a fait pour moi non pas ce que j’attendais mais « de grandes choses  », et même l’impossible. Le christianisme rompt radicalement avec l’idée de la sagesse grecque consistant à nous apprendre à désirer avec mesure. Ici, c’est l’excès de désir, un désir comblé outre mesure, qui nourrit la foi.

Et il n’y a rien de mesuré dans ce qui va suivre. L’urgence n’était pas celle de la vitesse, mais de l’intensité. Ce que Marie va dire, seule, sans plus donner la réplique à un ange, est bouleversant, dérangeant. Il s’agit d’un renversement de l’ordre du monde, de l’annonce d’un monde nouveau. Écoutons  :

Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes à la pensée et au cœur orgueilleux.
 
Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles,
 
Les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides.
 
Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,
 
comme il l’a dit à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais  !  »

Comment établir un lien entre l’humble servante de l’Annonciation, qui pouvait paraître douce et soumise, et ces paroles qui, osons le dire, possèdent une dimension vindicative  : il y a dans la justice de Dieu une forme de vengeance, au sens d’un rétablissement de ce qui a été renversé, d’un renversement du renversement. Les puissants et les riches qui ont renversé l’humilié seront à leur tour renversés. Comment expliquer que les paroles de Marie, suivant immédiatement l’annonce de la venue du Fils de Dieu, soient empreintes d’une telle fureur  ?

Est-ce que je vais trop loin en parlant de fureur, de passion  ? Il faut admettre que Marie nous offre ici un visage nouveau, auquel on ne pense pas assez souvent. La tendresse et l’humilité ont fait place ou alors se conjuguent avec un besoin pressant de justice, une impatience de la foi, une espérance vindicative. Le Magnificat vient bousculer, invalider même, nos représentations mariales trop convenues  : Marie donne à comprendre que la consolation qu’elle apporte à l’humanité n’a rien à voir avec la prudence, la mesure. Elle proclame la chute des trônes et la défaite des forts  ; la parole de Dieu n’est ni pour les peureux ni pour les arrogants. Elle est pour ceux que seul un excès de justice et de vérité peut combler.

Cette parole de Dieu puis de Marie a la puissance de renverser ce que Blaise Pascal appelle les « puissances trompeuses  », celles des fausses gloires et des bonheurs vains. On pense immédiatement au sermon sur la montagne où Jésus reprendra cette soif de justice sous la forme d’une promesse enfin tenue  : que Jésus soit là, qu’il parle fait que les affamés sont comblés, que les méprisés sont relevés. Son existence même est la suprême justice.

Marie, elle, l’annonce. On saisit alors le sens de l’impatience de sa foi. C’est qu’elle est soif de justice, impatience de voir le monde se rétablir dans la justice, où ceux qui veulent encore et encore auront les mains vides et où ceux qui ont été avilis auront la tête haute. L’amour de Dieu, sa miséricorde, est inséparable de sa justice. Ce n’est pas une bienveillance – pour employer un terme dont notre époque use et abuse – qui se distribuerait sans compter ni rien demander en retour. Ce n’est pas une tolérance, qui excuserait tout, un pardon qui effacerait tout. Non, ce que Marie nous dit, c’est que la parole de Dieu est amour et justice, indissociablement. Elle renverse mais elle élève aussi  ; elle apporte la seule consolation qui soit, celle d’une dignité retrouvée, d’une justice rétablie.

La parole de Marie est prophétique  : elle dénonce l’iniquité de ce monde qui abrite en son sein le mal de l’injustice et elle annonce la venue, impensable, impossible, d’un monde où ce qui se fait ne se fera plus, où ce que les pouvoirs en place commandent ne sera plus admis. Un monde où le si commode « c’est comme cela, on ne peut rien n’y faire  » n’aura plus cours, où les superbes et leurs complices seront dénoncés. La Vierge du Magnificat est la Vierge de l’Apocalypse, dénonçant et écrasant le mal d’injustice. Ce n’est pas un évangile pour les tièdes.

Mais tel est l’évangile de Marie. Il trouve sa conclusion lors d’un repas de noces, à Cana, alors que le pain et le vin viennent à manquer. Aux apôtres qui n’ont toujours pas compris qu’à Dieu, rien n’est impossible, que sa parole ne peut faillir, et qui doutent de ce que Jésus, c’est-à-dire Dieu, peut faire, Marie n’affirme qu’une chose, qu’elle a déjà dite, au moment du Magnificat  : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le.  »

Marie ne cesse dans notre histoire de réaffirmer la puissance du miracle. Une philosophe, une femme, juive, l’a parfaitement compris, jusqu’à faire du miracle un concept proprement métaphysique. Il s’agit de Hannah Arendt.

Ce qui d’ordinaire demeure intact dans les époques de pétrification et de fatale prédestination est la faculté de liberté elle-même, la pure capacité de commencer qui anime et inspire toutes les activités humaines et qui est la source cachée de la production de toutes les grandes et belles choses.
 
Tout acte est un « miracle  » – c’est-à-dire quelque chose à quoi on ne pouvait pas s’attendre (…) une capacité d’accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines. (…) ce n’est pas du tout de la superstition, c’est même une attitude réaliste que de s’attendre à ce qui ne peut être prévu et prédit, de se préparer à des miracles.

Toute action, lorsqu’elle s’affranchit de la lâcheté consistant à céder, à consentir au C’est comme cela, est un miracle. Cette capacité à faire advenir ce qui n’est ni prévu ni attendu, ni bien sûr convenu, Arendt lui donne le nom de natalité.

On pourrait croire qu’elle a l’évangile de Marie, le Magnificat, sous les yeux. Et c’est presque le cas. C’est en écoutant, en 1952 à Munich, l’oratorio de Haendel, Le Messie, qu’elle comprend le sens profond de la natalité  :

« Pour la première fois, j’ai compris combien c’était formidable  : un enfant nous est né. Le christianisme, c’est quand même quelque chose  !  »

Marie ne dit pas autre chose. Le christianisme, c’est le miracle de la natalité, pas seulement le fait d’enfanter, mais d’avoir foi en l’impossible, en ce qui est totalement nouveau, et qui renverse les habitudes et les pouvoirs établis.

Nous ne sommes pas condamnés à ne faire que passer, et mourir. La mort nous est étrangère et parfaitement contraire. Ce qui nous est le plus propre, c’est cette faculté à faire advenir du nouveau, à contredire la fatalité, à renverser ce qui semble invincible, à donner tort aux cyniques. Voici ce qu’en dit Arendt, dans ce qui pourrait être un commentaire du Magnificat  :

La vie de l’homme se précipitant vers la mort entraînerait inévitablement à la ruine, à la destruction, tout ce qui est humain, n’était la faculté d’interrompre ce cours et de commencer du neuf, faculté qui est inhérente à l’action comme pour rappeler constamment que les hommes, bien qu’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour innover.
 
Le miracle qui sauve le monde de la ruine, c’est le fait de la natalité, dans lequel s’enracine la faculté d’agir. En d’autres termes  : c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau l’action dont ils sont capables par droit de naissance. C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur « bonne nouvelle  »  : « Un enfant nous est né.  »

La seule faculté en nous miraculeuse est le pouvoir d’agir, de refuser de s’accommoder trop facilement de tous les C’est comme cela, les choses sont ainsi, de nous contenter d’arrangements avec l’injustice. Telle est notre foi. Un ange a parlé, Dieu a dit, Marie a répondu. Cela ne semblait pas possible, mais, désormais, tout en est changé. Marie, évangéliste et prophète, a donné naissance à un monde nouveau, où les puissants ont les mains vides, et où les affamés sont comblés.

Introduction à la conférence

Chaque dimanche à Notre-Dame de Paris (4e) :
 16h30, conférence
 17h15, vêpres
 18h00, messe

Diffusion en direct sur KTO télévision et France Culture, en différé sur Radio Notre Dame et RCF.

Depuis 1835, les Conférences de Carême de Notre-Dame de Paris constituent un grand rendez-vous de réflexion sur l’actualité de la foi chrétienne.

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