Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Célébration de professions perpétuelles de Sœur Marie Aurore et Sœur Marie Gabriel et jubilés d’or et d’argent de plusieurs sœurs des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Samedi 17 janvier 2026 - basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (18e)

 Voir l’album-photos de la célébration.

 Is 49,3.5-6 ; Ps 39 ; Mc 2,13-17

Je m’adresse bien sûr aux sœurs Marie Gabriel et Marie Aurore qui vont faire profession dans quelques instants devant nous. Je m’adresse aussi aux sœurs jubilaires et à toutes les sœurs, et je m’adresse à vous qui êtes là dans cette assemblée pour accompagner de votre amitié et de votre prière celles qui vont faire profession tout à l’heure. Les lectures choisies pour cette célébration appellent d’abord le témoignage du prophète Isaïe et c’est important de l’entendre. Entendre à la fois « Il m’a dit, Tu es mon serviteur d’Israël », mais aussi que le Seigneur ajoute : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations. » Voilà bien quelque chose qui peut nous surprendre et nous paraître un peu terrifiant. De telle sorte que nous nous disons qu’il n’est pas possible que ce soit pour chacun de nous, qui essayons d’être des serviteurs du Seigneur, d’être nous-mêmes lumière des nations. Nous nous connaissons suffisamment faibles et fragiles pour ne pas nous sentir capables d’endosser cette responsabilité d’éclairer les nations, d’éclairer les hommes et les femmes de ce monde. Nous savons que, quand il dit cela, le Seigneur s’adresse à Israël tout entier, un peuple. Nous savons que, quand il dit cela, le Seigneur s’adresse à son peuple par l’intermédiaire d’un prophète, d’un prophète puissant en parole, dont la parole a traversé les siècles et nous rejoint aujourd’hui. Et, en effet, cette parole a toujours été accueillie dans l’Église et dans le peuple de Dieu de la Première Alliance comme un signe extraordinaire que Dieu confie à des hommes et à des femmes, à un peuple, d’avancer sur le chemin qui le rejoint, lui, et où il s’avance vers nous. Mais surtout, nous savons que la tradition chrétienne et la foi la plus profonde de l’Église c’est que cette parole concerne le Christ : c’est lui qui est lumière des nations.

Au Concile Vatican II, dont nous avons célébré au mois de décembre dernier le 60e anniversaire de la clôture, le texte principal sur le mystère de l’Église commence par ces mots : « Le Christ est la lumière des nations. » Le Concile veut faire rayonner cette lumière du Christ qui se répand sur le visage de l’Église. Et, bien sûr, cela donne une vraie charge à la vie de l’Église elle-même : être un signe lumineux. Chacun sait qu’elle ne l’est pas dans tous les moments de son histoire et dans toutes les personnes qui la composent. Chacun sait le péché et la difficulté d’assumer cette réalité, mais il se trouve que le Corps du Christ qui est l’Église est ce signe de Dieu qui se trouve au milieu des nations et qui est chargé de porter cette lumière-là. Mais cette lumière vient du Christ ; mais cette lumière est le Christ lui-même. Nous pouvons être défaillants, lui ne défaille pas au milieu de nous et il ne cesse de nous rattraper sur le chemin pour que la mission de l’Évangile, qui est une mission qui éclaire le monde, soit toujours bien vivante, bien présente, et que nous lui soyons fidèles.

C’est pour cela que, régulièrement, des fidèles chrétiens et chrétiennes désirent se mettre tout entiers au service du Seigneur. Dans quelques instants nous entendrons Sœur Marie Aurore et Sœur Marie Gabriel dire en effet qu’elles veulent se mettre tout entières au service de cette lumière de Dieu qui se répand sur le visage de l’Église pour illuminer, par amour, et recevoir l’amour miséricordieux de Dieu.

Et cela exige en effet pour elles-mêmes, de leur part, cet engagement auquel elles sont prêtes à être consacrées dans quelques instants. Elles veulent se mettre à ce service en servant le peuple de Dieu. Et cela, bien sûr, elles le font en connaissance de cause et en désirant vivre dans la fidélité ce qu’elles vont promettre. Elles connaissent déjà l’Évangile, comme nous essayons chacun d’entre nous de le connaître et de le vivre, dans la vie qui les a préparées à cette vie consacrée. D’abord l’Évangile n’a pas surgi au cœur de leur vie comme cela depuis l’entrée dans la congrégation mais bien avant. Et c’est en fidélité à ce qu’elles ont entendu toutes les deux pour elles-mêmes qu’elles changent de statut dans la vie de l’Église et, de fait, se mettent à ce service de l’amour de Dieu et de l’amour du peuple de Dieu.

Elles le font en sachant que leur vie va se laisser peu à peu modeler par l’Évangile, de plus en plus. Pendant plusieurs années, déjà, la transformation en elles de ce que peut la grâce de Dieu dans l’amour de l’Évangile a commencé à se faire et elle ne cessera de s’approfondir de jour en jour, d’année en année, tout au long de leur existence consacrée.

Nous prions bien sûr pour qu’elles vivent cela au plus profond d’elles-mêmes, avec la lucidité de personnes adultes qui ont déjà traversé leur propre histoire et l’histoire de cette congrégation. Elles savent que c’est la fidélité à l’Évangile, que c’est la fidélité aux constitutions de la Congrégation, comme elles le diront dans un instant, qui permet de grandir dans cette transformation que le cœur de Jésus est capable de réaliser en elles. Nous voici, pour elles et avec elles, au seuil de leur vie qui, à la fois, se continue et prend un tour nouveau avec cette promesse qu’elles font et que nous accompagnons. Je l’ai dit tout à l’heure, avec amitié, mais avec et surtout la marque la plus forte de l’amitié spirituelle que nous pouvons devoir à ceux qui s’engagent : c’est l’amitié qui se vit dans la prière, l’intercession auprès du Seigneur pour leur fidélité, de sorte que leur prière à elles soit aussi une prière pour vous, pour le Peuple de Dieu, pour nous tous.

Que nous soyons nous-mêmes fidèles à ce que le Seigneur nous a demandé, que nous soyons nous-mêmes capables de porter les soucis les uns des autres, que nous soyons capables d’aimer l’Évangile qui vient du cœur du Christ et qui se donne, que nous soyons capables de l’accueillir pour, comme elles et avec elles, le faire rayonner dans la vie de tous.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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