Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe du 1er dimanche de Carême en la cathédrale Notre-Dame

Dimanche 22 février 2026 - Notre-Dame de Paris

– 1er Dimanche de Carême – Année A

- Gn 2,7-9 et 3,1-7a ; Ps 50,3-6.12-14.17 ; Rm 5,12-19 ; Mt 4, 1-11

Quand on parle d’Adam, on pense bien sûr à l’homme et la femme, à l’humain, peut-être le trop humain, celui qui a été toujours tenté de se libérer, de s’éloigner, de se tenir à distance de celui qui lui porte le plus grand amour, qui l’a créé, qui l’a accompagné sur les chemins de l’existence et qui l’a sauvé de toute détresse, et justement de tout éloignement de lui et de son amour. De tous temps, des hommes, des femmes, dont nous pouvons être, ont préféré se tenir à distance de ce Dieu qui les aime et qui les recherche, qui les accueille et qui les nourrit, qui les sauve.

En effet, dans les trois tentations de Jésus, ces tentations qui l’atteignent lui aussi, nous pouvons discerner qu’il y a ce désir de s’éloigner.

Dans la première, il y a l’illusion que les biens terrestres suffiraient à apporter du bien-être à chacun d’entre nous et à réaliser ce qu’il y aurait de meilleur pour l’humanité. « Leur dieu, c’est leur ventre » dira saint Paul dans une de ses lettres. Et je pense aussi à Dostoïevski, l’écrivain russe, dans La légende du Grand Inquisiteur tirée de son livre Les Frères Karamazov  : le bien terrestre qui éloigne le plus possible du bien céleste. Le bien terrestre n’est pas inutile bien sûr mais, s’il est porté aux nues, s’il est trop recherché, s’il est adoré, dissuade de chercher le bien céleste où se trouvent l’amour et le salut.

De tous temps aussi - c’est la deuxième tentation - il y a eu le désir des hommes, des femmes, de séduire et d’utiliser la séduction pour arrêter le regard sur soi-même et non pas le conduire jusque vers Dieu : barrer le chemin en adorant et en mettant au pinacle celui qui semble faire des choses extraordinaires, celui qui semble dire des choses vers lesquelles tout le monde devrait se tourner. C’est là le péril, la tentation de la séduction, et il faut bien reconnaître qu’il y en a eu de tous temps, qu’il y en a de notre temps. Il faut bien reconnaître que des personnages de l’Église n’ont pas manqué de tirer l’attention surtout sur eux et de séduire. Dieu nous en préserve.

Et la troisième tentation est la tentation terrible de la domination. Vouloir dominer des espaces de plus en plus grands, vouloir affirmer sa puissance sur des empires, de tous temps cela a existé. Vouloir affirmer sa puissance comme si l’on était capable de maîtriser l’humanité tout entière. Aujourd’hui encore nous en voyons des tentatives sinistres, désolantes et inquiétantes. Mais il ne suffit pas d’être un grand de ce monde pour dominer, chacun peut exercer sa domination sur autrui. Il suffit de deux personnes pour que l’une cherche à dominer l’autre. Nous le reconnaissons et nous savons que c’est une tentation.

Ce sont là les tentations qui nous détournent, qui détournent notre regard d’aller jusque vers Dieu qui nous aime, qui nous crée, qui nous accompagne et qui nous sauve.

Il y en a alors un contre tous, plus exactement un avec tous, sur le chemin de la sainteté, un qui résiste à ces tentations jusqu’au bout. Nous savons le nommer : Jésus-Christ. Dans les premières pages de l’Évangile, il est dit qu’il a été tenté parce qu’il est homme, humain, et que les tentations l’ont effleuré. Tentation de se détourner de celui qui l’a envoyé, tentation de se détourner de ce Dieu dont il était venu faire la volonté, mais tentations auxquelles, justement, il résiste, comme un homme qui veut rejoindre la volonté de son Dieu et de son Père, comme un homme qui est venu de Dieu pour nous aider à lutter contre ces tentations, parce qu’il ne le fera pas sans nous. Il est fait pour lutter jusqu’au bout et il l’a fait jusqu’à la mort, en passant par l’humiliation de la couronne d’épines que nous avons exposée ici cet après-midi pour que les foules puissent se recueillir devant elle et prier. Il a lutté jusqu’au bout et il nous montre le chemin de la résistance à ces tentations qui nous guettent tous : tentation du pain terrestre contre le pain céleste ; tentation de la séduction contre l’ouverture au regard de Dieu ; tentation de l’illusion de la domination sur les autres.

Que le Seigneur nous en préserve. Qu’il nous donne la force de résister contre elle. Et que ce temps de carême nous soit donné pour vivre loin, non pas de ces tentations qui assaillent tout homme et toute femme, mais loin du désir de céder à ces tentations. Qu’il nous permette de nous guérir. Qu’il nous permette de tenir bon.

Bon carême à tous, que le Seigneur vous accompagne et vous donne sa force.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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