« Une prière qui nous rend responsable les uns pour les autres »

Paris Notre-Dame du 8 janvier 2026

Après avoir réuni 3 500 pèlerins l’an passé, la Rencontre européenne de Taizé a rassemblé, à Paris, 15 000 participants. Un succès décortiqué par le F. Benoît, membre de la communauté et cheville ouvrière de l’organisation de l’événement qui s’est tenu du 28 décembre au 1er janvier.

Propos recueillis par Guillaume Decourt

Le F. Benoît est l’un des quatre-vingts frères de la communauté de Taizé, localisée en Saône-et-Loire. Il est l’un des trois coresponsables du rassemblement parisien.
© D. R. / Paris Notre-Dame

Paris Notre-Dame – La 48e édition de la Rencontre européenne de Taizé a réuni 15 000 pèlerins. Soit la plus grosse affluence depuis la crise du Covid-19… Comment expliquer ce succès populaire ?

Frère Benoît – Dès décembre 2024, à Tallinn en Estonie, lorsque nous avons annoncé que la prochaine édition se déroulerait à Paris, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, a pris la parole devant les jeunes participants pour les inviter personnellement. Et dans la salle, avec les 300 Franciliens qui étaient présents, l’invitation est rapidement devenue concrète. Le bouche-à-oreille s’est fait, facilité par le fait que la région parisienne soit plus accessible que la ville de Tallinn, située dans l’extrême nord de notre continent. La deuxième raison est que Paris représente un attrait touristique et culturel, qui a ensuite permis aux pèlerins de découvrir l’aspect spirituel et fraternel. Le 1er janvier, au départ des bus, j’ai eu plusieurs échos de jeunes qui disaient avoir été très touchés par l’accueil et l’hospitalité des Parisiens. Ils ne s’attendaient pas à une telle chaleur, car souvent, la capitale est associée à des faits divers, à l’insécurité… Finalement, ils ont été très agréablement surpris.

P. N.-D. – À Paris, ils étaient 15 000 jeunes, contre 3 500 à Tallinn. L’affluence est-elle un critère important pour vous ?

F. B. – Oui et non… Non, car l’affluence ne fait pas tout. On était 3 500 à Tallinn (2024), un peu plus à Ljubljana (2023), en Slovénie, et les graines de fraternité et de paix qui ont été semées dans les coeurs des participants étaient innombrables. On n’est pas là pour faire du chiffre, mais en même temps, un peu quand même, car il faut rassembler des milliers de participants pour rester un événement qui parle au-delà des cercles très engagés. On est heureux que la rencontre devienne missionnaire, qu’on puisse partager ce qui fait le coeur de notre vie, c’est-à-dire le trésor de l’amour du Christ.

P. N.-D. – Dans les années 1990, trois éditions ont attiré 100 000 jeunes… Est-ce possible de retrouver ce genre d’engouement ?

F. B. – Je ne crois pas trop, car le contexte a changé... Quand on parle des années 1990, c’est dans la suite immédiate de la chute du mur de Berlin qui a, durant des décennies, coupé notre continent en deux. Tout à coup, des jeunes d’Europe de l’Est ont pu voyager, et ce rassemblement était l’occasion idéale pour eux de découvrir de nouveaux pays. Aujourd’hui, c’est différent... Mais on constate que la participation des jeunes qui viennent au rassemblement est plus assidue aux prières, aux ateliers… À Paris, la qualité de participation a été exceptionnelle.

P. N.-D. – Au-delà des chiffres, que retenez-vous de cette édition ?

F. B. – Je retiens quatre points. Le premier est l’accueil extraordinaire des paroisses et des communautés religieuses qui nous ont ouvert leurs portes, et ce, depuis l’arrivée de notre équipe à Paris (une trentaine de personnes), en septembre. Deuxième point : la force du silence et du recueillement dans les moments de prière commune, à la fois dans les neuf églises et temples du midi, mais aussi lors des soirées à l’Accor Arena de Bercy, les 30 et 31 décembre. Des temps d’intériorité bouleversants… Le troisième point est la qualité des ateliers thématiques, proposés les après-midi. On a accueilli 160 intervenants, de tous les horizons, qui vont beaucoup inspirer les jeunes en termes d’engagement à leur retour. Dernier point : dans notre époque propice aux tensions et aux craintes face à l’avenir, cette rencontre est aussi une école de confiance… Confiance en Dieu, de ceux qui cheminent à nos côtés mais aussi des Parisiens qui ont ouvert les portes de leur logement. Dans le contexte actuel, que tous ces paroissiens, notamment des personnes âgées seules, décident d’accueillir des inconnus chez eux, c’est incroyable. À Tallinn, un cinquième des pèlerins était en familles. Ici, on est presque à 100 %.

P. N.-D. – Un succès, en somme ?

F. B. – Oui, même s’il y a aussi quelques bémols... Le premier est que nous n’avons pas réussi à faire venir tout le monde autour de la table, que ce soit pour l’accueil des jeunes, ou pour le partage avec certaines communautés protestantes ou orthodoxes. Pour quelques-uns, l’oecuménisme est une menace plutôt qu’une richesse. Le deuxième bémol est d’ordre logistique, sur la participation des Franciliens. On aurait pu gagner en clarté et en fluidité sur la possibilité de s’inscrire à tel événement ou tel atelier. Cela aurait grandement facilité l’accès à l’Accor Arena de Bercy, par exemple, qui fut très compliqué pour certains pèlerins.

P. N.-D. – Les rites liturgiques de Taizé ont beaucoup marqué les participants… Comment pourriez-vous les décrire ?

F. B. – Ce sont des temps de prière où chacun doit se sentir un peu à la maison et un peu transporté ailleurs. Personne ne retrouve 100 % de sa tradition... Il y a donc un espace pour approfondir sa relation avec le Christ, avec des rites issus de nos liturgies respectives. Pour résumer, c’est une expérience d’intériorité avec, pour objectif, de déposer devant le Seigneur ce qui fait nos joies et nos peines. Cela doit nous préparer à devenir des porteurs de paix une fois de retour chez nous… Ce n’est pas une prière qui nous exalte dans un rêve mystique, mais une prière qui nous rend responsable les uns pour les autres.

P. N.-D. – En tant que communauté, qu’est-ce que l’événement vous apporte ?

F. B. – Cela nous apporte des liens d’amitié et de fraternité extraordinaires. Depuis la fin du rassemblement, je reçois des messages qui font très chaud au coeur. Certains ne connaissent pas notre village, mais veulent venir à Taizé : ils sont tellement touchés qu’ils souhaitent découvrir le lieu d’origine de tout cela. On s’attend à de nombreuses visites cette année... Et puis, cela nous apporte une expérience oecuménique extraordinaire. Durant cinq jours, des représentants catholiques, protestants et orthodoxes échangent : ce n’est pas un dialogue théologique, c’est un dialogue d’amitié et de fraternité.

P. N.-D. – La prochaine édition sera organisée à Łódź, en Pologne. Pourquoi ce choix ?

F. B. – Le cardinal Grzegorz Ryś, qui vient d’être nommé archevêque de Cracovie, nous invite depuis des années à Łódź, l’une des plus grandes villes du pays. Et pour être sûr qu’on vienne, il a réservé pour trois années la halle qui servira pour les prières communes. En 2025, on a choisi Paris, mais il fallait vraiment y aller... Et puis, c’est une ville qui est très oecuménique, et même interreligieuse. Des catholiques, des luthériens, des orthodoxes et une communauté juive sont présents et dialoguent régulièrement ensemble. Enfin, cela revêt une importance particulière pour les jeunes Polonais, dont le pays est un voisin proche de l’Ukraine et partage ses inquiétudes comme sa solidarité.

Quelques dates

  • 1940 : fondation de la communauté de Taizé par F. Roger, dans le village éponyme de Saône-et-Loire, en Bourgogne.
  • 1978 : première Rencontre européenne de Taizé. Elle a lieu à Paris. Un « pèlerinage de confiance » organisé, chaque 31 décembre, dans une ville européenne.
  • Années 1990 : apogée des rassemblements de Taizé, avec 75 000 à 100 000 pèlerins réunis chaque année.
  • 2025 : après Rostock en Allemagne (5 000 participants), Ljubljana (5 000) et Tallinn (3 500), la rencontre organisée à Paris réunit 15 000 pèlerins.
Rencontre européenne de Taizé à Paris
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