Frat 2026 : « Une jeunesse poussée par une soif spirituelle »

Paris Notre-Dame du 23 avril 2026

Avec 11 600 inscrits, le pèlerinage du Frat, qui réunit du 22 au 25 mai des collégiens d’Île-de-France à Jambville, s’apprête à égaler son record de participation. Un succès qui fait écho à la hausse du nombre de baptêmes d’adultes et d’adolescents en France, et au dynamisme de nombreuses paroisses parisiennes. Décryptage avec Marguerite Niel, chargée de mission pour l’événement, et le P. Philippe Néouze, prêtre responsable du Frat des collégiens.

Il y a deux ans, 11 000 collégiens avaient participé au Frat de Jambville (Yvelines).
© Frat

Paris Notre-Dame – Le pèlerinage du Frat, c’est quoi ?

Marguerite Niel, chargée de mission pour l’événement, et le P. Philippe Néouze, prêtre responsable du Frat des collégiens de Jambville (Yvelines).
© Guillaume Decourt

Marguerite Niel – C’est un rassemblement pour les jeunes chrétiens d’Île-de-France, un an sur deux à Jambville (Yvelines) pour les collégiens, un an sur deux à Lourdes (Hautes-Pyrénées) pour les lycéens. À chaque édition, il y a un hymne du Frat, une thématique… Cette année, c’est : « Je veux demeurer chez toi. » Et il y a une déclinaison pédagogique qui en découle. En résumé, c’est un rassemblement sous forme de pèlerinage pour que les jeunes prient, chantent et se rencontrent.

P. Philippe Néouze – Aucun participant ne vient seul. Les collégiens arrivent avec un groupe d’une dizaine à une centaine de jeunes, via une aumônerie, un collège, une paroisse... Ils campent tous sur un grand terrain de plus de cinquante hectares. Et durant ces trois jours, il y a des temps par groupe et par village (chaque diocèse est divisé en un, deux ou trois villages, soit 500 à 1 000 jeunes), ainsi que des temps tous ensemble sous un grand chapiteau, transformé en église pour l’occasion. À l’intérieur, cinq rendez-vous y sont programmés, notamment une veillée baptismale le samedi soir lors de laquelle dix participants seront baptisés. Le dimanche matin, autre grand moment : la messe de Pentecôte, qui sera diffusée, comme il y a deux ans, sur France 2 pour Le Jour du Seigneur.

P. N.-D. – Avec 11 600 inscriptions cette année, le Frat de Jambville égale son record d’affluence. Comment expliquez-vous ce succès ?

M. N.– Depuis le Covid-19, et les deux éditions annulées en 2020 et 2021, il y a une dynamique très intéressante : on est passé de 7 800 participants en 2022 à 11 000 en 2024. Et cette année, on approche la barre des 12 000. C’est lié à la proposition du Frat, mais pas uniquement : cela s’inscrit dans un mouvement plus global. Car pour l’Église de France, il y a ce renouveau, notamment avec la hausse des baptêmes et des confirmations…

P. N. – Il y a un nouvel élan. On le voit avec le Carême, le mercredi des Cendres, le dimanche des Rameaux… Les églises qui débordent tout à coup. On a une jeunesse qui est à la recherche de quelque chose et qui est poussée par une soif spirituelle.

M. N. – Une soif boostée par les réseaux sociaux, leurs camarades d’autres religions qui, eux, assument. Ils se disent : « Pourquoi pas nous ? » Et puis, il ne faut pas se voiler la face : une partie de nos adolescents ne vont pas bien aujourd’hui… Ils cherchent cette espérance, quelque chose de positif. Dans des rassemblements comme le Frat, il y a cette idée de joie, de rencontre… Ils disent : « On est dans une bulle durant trois jours. »

P. N. – C’est d’ailleurs l’un des enjeux : que l’événement ne soit pas seulement trois jours hors du temps. Il faut que ce pèlerinage les aide à aller mieux et leur serve pour leur vie de foi derrière. Au Frat, on ouvre les cœurs, l’Esprit Saint descend, c’est la Pentecôte… Notre pédagogie doit permettre de vivre un truc fort mais aussi qui transforme : on revient chez soi, dans sa paroisse, pas tout à fait pareil.

P. N.-D. – Quelles sont les grandes lignes de cette pédagogie ?

P. N. – C’est assez exigeant : on les fait réfléchir, on les emmène loin dans la liturgie, on leur fait vivre des sacrements... On les conduit au Christ. On donne aussi beaucoup d’importance à la beauté visuelle des lieux, notamment du chapiteau. Et il y a un usage des écrans pendant la liturgie qui est réfléchi : les 12 000 collégiens, à part les quelques-uns qui sont tout devant, suivent les célébrations grâce aux écrans de retour, et donc tout est pensé en fonction de cela.

M. N. – Et pourtant, eux, pendant trois jours, ils n’ont pas d’écran... On leur dit : pas besoin de smartphone, coupez durant le week-end. Dans l’ensemble, ils jouent le jeu.

P. N. – De toute façon, à Jambville, ils ne peuvent pas recharger leur téléphone…

P. N.-D. – Avec près de 12 000 participants cette année, 13 500 l’an passé à Lourdes, le succès est total. Mais en 2022, après les deux années de coupure, il y avait quelques doutes…

P. N. – On s’est interrogé très sévèrement. On se demandait : est-ce que le temps des grands rassemblements n’est pas terminé ? Avec les considérations écologistes et la crainte d’un nouveau virus, on ne traverse plus la planète pour aller aux JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), on n’emmène pas 10 000 jeunes à Lourdes... Eh bien, non, ce n’est pas fini. Au contraire : cette génération a besoin de se rassembler, elle est demandeuse.

P. N.-D. – À Paris, comme en Île-de-France, il y a une forte diversité sociale… Comment faites-vous pour que ces jeunes de milieux sociaux très différents se rencontrent ?

M. N. – Tout d’abord, on enclenche un mouvement avec ce qu’on appelle « les carrefours ». Une heure par jour, un animateur récupère quatre binômes, donc huit jeunes, de groupes et de diocèses différents, pour évoquer des sujets liés à la thématique du pèlerinage. Le but est de mixer les milieux sociaux, c’est assumé : on les force à se mélanger et à discuter avec d’autres jeunes.

P. N. – Et puis, il y a la vie de village. Pour le diocèse de Paris, par exemple, il y a trois villages, avec des groupes de différents arrondissements qui vivent ensemble. Avant, c’était par quartier, mais cela a changé dans les années 2010, ce qui est très bien pour la mixité sociale.

P. N.-D. – La réputation du Frat est d’être un événement festif mais qui peut manquer d’intériorité. Est-ce un problème ?

P. N. – Ce n’est pas un problème, c’est un enjeu. C’était la réputation du Frat, mais on essaie de la faire évoluer. L’idée est de basculer de festival à pèlerinage... Via certaines propositions, parfois des petits détails, on est plus attentif à cette intériorité. Et puis, c’est une demande des jeunes…

M. N. – Les jeunes ont besoin de cette intériorité. Cela fait plusieurs années qu’on propose des temps de silence, notamment à Lourdes, l’an passé, à 13 500 sous la basilique St-Pie-X ! Les adolescents jouent le jeu et ils aiment ça.

P. N. – Pour veiller à ce que cette intériorité soit présente, il y a aussi une adoration permanente dans une tente au milieu du parc, jour et nuit, durant les trois jours. Et c’est assez nouveau. Il y a deux ans, pendant chacune des célébrations, on a eu des temps de silence très forts alors qu’il y avait 11 000 adolescents. La procession eucharistique dans le parc, par exemple, était un beau pari. Certains pensaient que ce serait le chaos, mais c’était magnifique.

P. N.-D. – En tant qu’organisateurs, qu’attendez-vous de cette édition 2026 ?

M. N. – Que les jeunes vivent une aventure spirituelle et humaine très forte, qui leur donne un élan et une espérance pour la suite.

P. N. – Qu’ils rencontrent le Christ de manière joyeuse… Qu’ils comprennent qu’on est nombreux, qu’on a besoin des uns des autres. Que c’est beau d’être chrétien, que cela mérite d’être célébré. Et que le Christ est là, aujourd’hui, et qu’il sera toujours là. Si le jeune a compris tout cela, c’est le jackpot.

Propos recueillis par Guillaume Decourt

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