Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe paroissiale d’ouverture de la phase de consultation du Concile provincial à Saint-Germain-des-Prés
Dimanche 25 janvier 2026 - Saint-Germain-des-Prés (6e)
– Voir l’album-photos de la célébration.
– 3e Semaine du Temps Ordinaire — Année A
– Is 8, 23b – 9, 3 ; Ps 26 (27), 1, 4abcd, 13-14 ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23
Il y a, aujourd’hui, plusieurs fêtes en même temps ! L’Église nous invite notamment au dimanche de la Parole de Dieu. Tous les dimanches, c’est le dimanche de la Parole de Dieu et, tous les jours, c’est le jour de la Parole de Dieu ! Mais, de la même façon que nous célébrons la messe le dimanche et chaque jour, il se trouve qu’il y a aussi un jour de la fête du Saint-Sacrement. Nous attirons donc l’attention, aujourd’hui, sur ce que la Parole de Dieu est capable de provoquer dans notre vie et de survenir dans la vie d’autres qui ne connaissaient pas, jusqu’à présent, le Christ. C’est le cas aujourd’hui.
Car c’est aussi, aujourd’hui, le 25 janvier, la fête de la Conversion de saint Paul. Une fête qui n’apparaît pas tellement en ce dimanche, mais qu’il est bon de rappeler puisque nous venons aussi d’accueillir des catéchumènes qui ont entendu, sur le chemin de leur vie, la Parole du Seigneur qui les appelait comme Paul sur le chemin de Damas.
Et puis, aujourd’hui, dans le diocèse de Paris comme dans les autres diocèses de sa Province ecclésiastique, nous marquons la première étape du concile provincial, de cette assemblée qui se tiendra à partir du mois d’octobre prochain et qui sera solennellement ouverte au dimanche de la Trinité, le 31 mai. Cette première étape consiste à interroger, à faire enquête auprès des catéchumènes et des néophytes, c’est-à-dire les « nouvelles pousses », tous ceux qui sont entrés récemment dans l’Église par le baptême, l’ayant reçu à l’âge adulte il y a quelques mois ou un peu plus. Nous interrogerons aussi, bien sûr, les prêtres, les diacres, les accompagnateurs de catéchumènes. C’est extrêmement important pour saisir comment la Parole de Dieu nous transforme tous et comment elle fait bouger l’Église.
Et, aujourd’hui, nous avons justement des lectures qui nous aident à comprendre ce qui se passe. Nous avons entendu le Livre d’Isaïe, cité dans l’évangile de nouveau, et qui indique que Dieu ne ménage pas sa peine pour que tous les hommes puissent parvenir à la connaissance de la Vérité : la vérité de son amour pour tous qui est comme une lumière qui éclaire le monde, en commençant par le cœur de ceux qu’elle rejoint. Cette lumière brille dans les ténèbres d’une vie, dans les ténèbres du monde. Il n’est pas besoin de faire de grands dessins pour expliquer qu’on ne sait pas très bien où va ce monde. Nous portons l’espérance que Dieu mène l’histoire des hommes malgré les heurs et les malheurs que les hommes sont capables de se faire à eux-mêmes pour brouiller les pistes et pour perdre le chemin de la vérité et de la miséricorde de Dieu. Au milieu de ces ténèbres-là, nous savons qu’existe une lumière qui nous permet de nous diriger saintement et sagement. Nous ne sommes pas perdus lorsque nous avons reçu cette lumière qui nous éclaire et qui nous conduit. Le mystère de Noël, que nous avons vécu il y a quelques semaines, nous a beaucoup enseigné sur ce sujet.
Mais nous découvrons aussi que, dans la vie de l’Église, un nuage, des ténèbres, sont toujours possibles. Nous avons entendu l’apôtre Paul s’adressant aux chrétiens de Corinthe : « J’ai entendu dire qu’il y avait parmi vous des discussions et des divisions. » Jésus, on le lit dans l’Évangile, avait déjà dû remettre des choses en ordre entre ses disciples. Mais, dès que le maître n’est plus visible, c’est d’une certaine façon encore pire et les divisions dans l’Église naissante sont une réalité qui, malheureusement, se prolonge dans toute la vie de l’Église et jusqu’à aujourd’hui encore. Le Seigneur est pourtant là pour appeler sans cesse à l’unité. Il l’a fait - et nous le voyons dans l’évangile d’aujourd’hui - en appelant avec lui des hommes qui soient capables d’être ses compagnons et ses témoins. Aujourd’hui, cela concerne deux paires de frères, ce n’est pas rien ! Jésus institue entre ces deux paires de frères une fraternité nouvelle qui est guidée par l’annonce de l’Évangile : l’annonce de l’Évangile à faire au loin, l’annonce de l’Évangile à prendre déjà pour soi-même. Et elle doit instaurer, à l’intérieur de l’Église et à l’intérieur du groupe des disciples et des apôtres, une source d’unité forte qui devrait dépasser les divisions récurrentes dans la vie de tout groupe humain et de l’Église en particulier. Mais nous sommes guidés heureusement par la lumière de l’Évangile qui nous invite à vivre cette unité au-delà des distinctions, des différences, des divergences et même parfois des oppositions. Il est demandé à l’Église de savoir dépasser ces oppositions et de ne pas les transformer en des relations impossibles, en des divisions insurmontables. L’Église est comme tout groupe humain mais elle a cette lumière de l’Évangile qui lui dit de chercher l’unité, de chercher la paix, de construire la fraternité avec le Seigneur, de ne pas avoir peur de tous les efforts qui sont nécessaires pour suivre cette Parole unifiante du Seigneur au milieu de son Église. Il ne s’agit pas d’ignorer les différences, il s’agit de ne pas s’y arrêter et de savoir contempler jusqu’où l’amour-miséricorde de Dieu est capable de nous entraîner pour nous réconcilier et surtout pour faire cause commune. L’apôtre dit : « Ayez un même langage. » Il n’a pas demandé que nous disions tous les mêmes mots, tous en même temps et comme si c’était simplement quelque chose d’appris par cœur, et que l’on répète sans cœur, mais il a demandé que nous ayons un même langage qui est celui de la Bonne Nouvelle.
Voilà pourquoi nous vivrons ce temps de concile pour bien accueillir ceux qui viennent d’un peu à côté de l’Église, ou parfois de loin, qui ont entendu la voix du Seigneur et qui désirent grandir avec lui.
Nous voulons savoir si les néophytes, ceux qui viennent d’entrer dans l’Église par le baptême, ont pu trouver leur place à l’intérieur de nos communautés. Ce n’est pas une évidence, nous savons bien que certains peuvent se dire qu’ils n’ont pas été vraiment accueillis, qu’ils ont été préparés à recevoir l’Évangile et les sacrements mais que la communauté les a un peu oubliés, un peu ignorés, ou bien qu’ils n’ont pas très bien su comment s’y prendre. Dans les premiers mois qui suivent le baptême, il est encore nécessaire d’accompagner les nouveaux baptisés et de leur permettre de découvrir et nos langages et nos façons de faire, qui ne sont pas plus extraordinaires d’une certaine façon que ceux d’un autre groupe humain, mais qui sont marqués par le sceau de la Parole de Dieu et le sceau d’une expérience aujourd’hui bimillénaire. Il faut aider à entrer dans l’Église, ce qui n’est pas toujours simple.
Nous devrons aussi nous demander de façon persévérante, sans nous accuser nous-mêmes, ce que cette arrivée désormais nombreuse de catéchumènes et de néophytes dans notre Église, change dans notre cœur, personnellement, dans une attention pour tous ceux qui arrivent, et change au cœur de l’Église, dans une manière de vivre l’annonce de l’Évangile autrement peut-être, avec un renouveau de notre espérance, un renouveau de notre façon d’être les uns avec les autres. Un renouveau de l’émerveillement devant ce que Dieu fait pour tous, devant ce que Dieu prépare pour l’humanité tout entière. Nous ne nous contentons pas d’accueillir des gens qui ont découvert quelque chose de profond pour leur vie : nous savons que le Seigneur cherche à rejoindre tout homme, toute femme, au cœur de son existence et lui montrer combien il l’aime.
C’est cela le programme. Dans les quelques mois qui nous séparent de l’été, nous allons nous interroger, comme je l’ai dit, prêtres, diacres, accompagnateurs, catéchumènes, néophytes, et tous ceux qui voudront dire quelque chose à ce sujet. Nous allons nous interroger et constituer ensemble un document de travail qui servira aux trois sessions de ce concile qui se dérouleront, la première à la fin de l’année 2026 et les deux autres au cours de l’année 2027. C’est cela que nous allons vivre, avec le cœur qui désire se laisser renouveler ; c’est cela que nous confions dans la prière que nous allons, dans un instant, dire ensemble pour que ce concile nous change, nous transforme, et nous laisse le cœur le plus accueillant possible à la Parole de Dieu, à ce qu’elle fait dans le cœur des hommes.
Tous nous pouvons prier pour cela et un certain nombre d’entre nous seront actifs pour ce concile avec tous ceux qui sont dans les diocèses voisins de cette Province de Paris. Ce n’est pas tout à fait une première, mais presque, que plusieurs diocèses s’associent pour chercher ce que Dieu veut, ensemble.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris