Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe chez les Sœurs de la Visitation dans le Premier Monastère de la Visitation à Paris
Samedi 24 janvier 2026 - Premier Monastère de la Visitation à Paris (14e)
– Fête de Saint-François-de-Sales,
- Pr 16,16-22.32 ; Ps 33 ; Eph 3,8-12 ; Jn 15,9-17
Quand on entend cet évangile de saint Jean au chapitre 15 et que l’on comprend que les disciples et les apôtres ont été choisis pour être, non plus seulement comme serviteurs mais comme amis de Jésus, on comprend aussi que c’est le cas de saint François de Sales et que c’est le nôtre aussi. C’est une grâce qui nous a été faite comme à eux et comme à lui. Choisis pour être témoins de l’Évangile de l’amour, comme le docteur de l’amour.
Et c’est ainsi que nous entendons ce passage du Livre des Proverbes. Nous avons lu : « L’homme patient vaut mieux que le héros : mieux vaut maîtriser son humeur que prendre une ville. » On croirait que ce verset est écrit pour saint François de Sales. En effet, il lui a fallu maîtriser son tempérament, il était vif, virulent et peut-être violent ; il a appris à se maîtriser pour le rendre doux, comme on le sait. C’est bien lui qui écrivait à une religieuse, d’un tempérament probablement volcanique : « ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même ! »
Par ailleurs, François n’a pas participé, dix jours après sa consécration épiscopale, à l’attaque contre Genève, menée par son prince, le duc Charles-Emmanuel 1er, et sa petite armée de catholiques savoyards. Ce n’est pas ainsi qu’on témoigne de l’amour de Dieu et de l’Évangile.
François sait qu’il y a en nous deux faces d’un même personnage : l’une est de mauvaise humeur, toujours prête à batailler quand on s’approche d’elle et qu’on semble la solliciter ; l’autre, simple et humble comme un enfant de Dieu, prête à aimer ses frères et sœurs de l’amour de Dieu qui habite en nous ! Et ces deux-là sont toujours en bataille. Cette bataille ne fait pas rêver de grandeur, de domination, mais c’est un vrai combat. Non pas seulement un combat moral ou psychologique, mais un combat spirituel. Le Livre des Proverbes dit encore : « un homme avisé trouvera le bonheur ! Qui se fie au Seigneur est plus heureux encore. »
François sait qu’il lui a été donné, comme à Paul qui l’écrit aux Éphésiens, la grâce d’annoncer aux nations l’insondable richesse du Christ ! Quand on est investi d’une telle mission, comment se laisser aller, comment se laisser dominer par un tempérament violent ? Quand on est appelé à être ami du Christ, que demander de plus ? C’est le moment de chanter la louange du Seigneur.
Parce que, en effet, François n’a pas eu la tâche facile : évêque de Genève, n’ayant jamais pu gagner la ville épiscopale, il a dû faire face à des conditions de ministère très difficiles, comme il le dit, « avec le devoir de conduire cette barque misérable, toute fracassée et entrouverte. » Cela ressemble à ce que Paul dit ailleurs : le trésor de l’Évangile, nous le portons dans des vases d’argile que sont nos vies personnelles et nos institutions humaines. François écrit à un jésuite qui a été son conseiller spirituel, lorsqu’il était étudiant à Padoue : « j’y rencontre de la peine et du travail, non sans mélange de consolation » du fait de retours nombreux à l’Église catholique, dans cette époque de rupture, le temps de la Réforme.
Nous sommes dans ces situations difficiles aujourd’hui aussi. L’Église est traversée de divisions, elle est toujours menacée de dispersion, de départs discrets ou de ruptures fortes, et pourtant nous voyons aussi des retours, nombreux, avec tous ces catéchumènes et néophytes, ceux qui se préparent à être baptisés et ceux qui entrent dans l’Église.
Nous en rendons grâce à Dieu et, sur ce chemin, nous savons que nous sommes devancés par saint François qui, en nous précédant, nous encourage.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris
