Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Dimanche 6 septembre 2026 - Notre-Dame de Paris

– 23e Dimanche du Temps Ordinaire – Année A

- Ez 33,7-9 ; Ps 94, 1-2.6-9 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20

L’Évangile s’adresse à tous, à la foule, et puis il arrive que la parole de Jésus s’adresse précisément à ses disciples. C’est ce que nous avons non seulement dans l’évangile d’aujourd’hui mais aussi dans les lectures d’aujourd’hui. Nous avons d’abord le prophète Ezéchiel, qui parle au moment de l’exil du peuple à Babylone, des siècles avant Jésus-Christ. Dieu qui lui parle, qui l’a choisi comme prophète, l’appelle « fils d’homme » : c’est une expression qu’on entend rarement mais dont on peut avoir le sentiment qu’elle a quelque chose d’affectueux, de proche. Comment le Seigneur s’adresse-t-il à celui qu’il a choisi comme prophète ? Il lui dit : « Tu es mon fils, tu es un fils d’homme et tu es proche de moi. Et - comme il est dit ailleurs dans la Bible et dans les textes de l’Église - nous parlons toi et moi, Dieu et le prophète, je te parle comme à un ami. Et je t’ai donné une mission ; je t’ai dit que tu avais à empêcher chez tes frères, les membres du peuple, de faire le mal. Et tu dois donc les reprendre ! » Que se passait-il au moment où le peuple était parti en déportation, au bord des fleuves de Babylone, en Mésopotamie ? Quand il était parti là-bas, le peuple était prêt à ne plus rendre grâce à Dieu, parce qu’il l’avait envoyé en déportation ; il l’avait oublié ; il l’avait jeté loin de lui : le peuple n’était plus à Jérusalem pour pouvoir le prier dans le temple, et c’était catastrophique ! Était-il au milieu d’eux ou les avait-il abandonnés ?

Eh bien, le prophète est chargé de remonter le moral du peuple et de dire : « Il ne s’agit pas, dans la situation où nous sommes, de se mettre à vivre n’importe comment, comme si Dieu n’était plus avec nous. Il est toujours là, il veille sur nous et nous n’avons pas à nous éloigner de lui. » Elle est très importante cette note du prophète Ézéchiel, qui est faite pour reprocher au peuple de Dieu de s’éloigner de Dieu, et de faire comme s’il n’était plus là parce qu’il n’est plus sur la terre dite sainte. Mais si, il est toujours là ! Il faut faire sa volonté, surtout ne pas nous refermer sur nous-mêmes, il faut continuer de croire qu’il nous aime, et pécher, faire le mal, c’est oublier que le Seigneur est là, toujours.

L’apôtre Paul, peu de temps après la mort et la résurrection de Jésus, va à la rencontre des chrétiens de Rome. Il y va par obligation puisqu’il doit se défendre devant les tribunaux de l’empereur, mais il va y rencontrer une communauté chrétienne qui est déjà là. Il ne la connaît pas bien parce que ce n’est pas lui qui l’a fondée, ce n’est pas lui qui l’a entretenue du Seigneur Jésus. Et comme il ne la connaît pas bien, il lui dit des mots un peu généraux : « Il faut s’aimer, je viens vous voir, je viens vous porter la Bonne Nouvelle de Jésus, je viens vous entretenir dans la foi et je vous dis de tenir bon dans l’amour. » Mais, pour l’exprimer, il rappelle les commandements qui disent : « Tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, et tu ne convoiteras pas. » Parfois on se dit, ou on nous dit, que la morale de l’Église est toujours fixée sur les aspects sexuels : vous remarquez que, dans ce texte, ce n’est pas le cas. Dans la convoitise, il y a bien sûr l’adultère, mais aussi la convoitise sur les biens d’autrui, la jalousie, et également le vol et le meurtre. Ce qui manifeste que l’on veut vivre dans l’amour, c’est que l’on s’abstient de toutes ces choses-là, et que l’on est désireux de ne pas attenter à la vie sociale, de ne pas blesser la fraternité, d’entretenir ce que le pape François appelait volontiers « l’amitié sociale ». Le péché le plus grand, c’est celui qui se met dans notre cœur et qui veut détruire la fraternité, l’amitié sociale, la vie avec les autres, parce qu’aimer Dieu ne peut se manifester dans notre vie courante que dans l’amour du prochain. Et cela c’est encore un mot que l’apôtre adresse à une communauté d’Église.

De la même façon, dans l’évangile, ce que nous avons lu s’adressait aux disciples, c’est-à-dire à nous. Et nous voyons apparaître ici, dans l’évangile d’aujourd’hui, la façon dont l’Église est chargée de veiller à ce que le bien s’installe dans le cœur des hommes qui ont le désir de suivre le Christ. Le bien - parce que nous ne sommes pas parfaits, parce que nous sommes comme les autres hommes - est toujours menacé par le mal qui rôde dans notre cœur. Mais déjà l’Église, sachant que les hommes sont capables de vouloir le bien mais de faire le mal, indique des voies pour s’en corriger. D’abord il y a une gradation. Quand quelqu’un a mal agi, on peut le reprendre d’abord seul à seul, et si cela ne suffit pas on peut le reprendre devant deux ou trois témoins, et si cela ne suffit pas encore on peut le reprendre devant l’Église tout entière. Et c’est, depuis toujours, une chose qui est arrivée dans la vie de l’Église, que cette gradation de la peine infligée à quelqu’un qui fait du mal. Et puis vraiment, s’il ne veut écouter, ni toi, ni deux ou trois témoins, ni l’Église alors tu seras obligé de le mettre à la porte de l’Église, et de dire que, vraiment, il agit mal, il n’agit pas conformément à l’amour du Christ qui lui a été enseigné.

Il y a une grande patience dans la façon de traiter ceux qui font du mal dans la vie de l’Église, et malheureusement cela arrive. Il y a une grande patience parce que Dieu est toujours prêt à nous rappeler pour nous mettre sur le bon chemin. La façon dont l’Église est chargée de traiter le mal et de rappeler la voie du bien aux hommes que nous sommes, c’est évidemment la pénalité, il y a un droit pénal dans l’Église qui s’exerce. C’est aussi le sacrement de pénitence que vous pratiquez et que les jeunes générations sont en train de redécouvrir comme une richesse, comme un trésor, comme une joie, parce qu’on se sent vraiment appelé par la Parole de Dieu à rectifier sa position, sa façon d’être. La miséricorde de Dieu s’exprime de bien des façons.

Dans quelques jours, nous allons accueillir le pape Léon au milieu de nous, dans notre pays : il vient à Paris, à Lourdes et à Metz mais il vient pour tous, il vient pour toute l’Église, et il adressera une parole à l’Église. À travers cette parole à l’Église, il adressera peut-être une parole au monde entier, il le cherche : le pape, quel que soit son nom, cherche toujours, en s’adressant à l’Église, à manifester l’amour de Dieu à tous. Nous accueillerons donc ses paroles et pas simplement sa présence. Nous serons contents de le voir : il y a beaucoup de joie, beaucoup d’enthousiasme que je repère, que je comprends, dont j’entends parler, que je vois ces jours-ci, à l’accueil que nous allons faire dans quelques jours au pape Léon. Mais il ne va pas simplement être présent, nous n’allons pas simplement être joyeux de rencontrer une personnalité forte de notre temps et de notre Église : il va nous parler. Nous allons l’écouter, comme le prophète Ézéchiel, comme l’apôtre Paul, comme la parole de Jésus lui-même. Soyons attentifs à écouter ce qu’il nous dira et à en tirer une vraie leçon, leçon d’amour, leçon peut-être de correction ou d’invitation à changer de trajectoire dans nos propres vies et dans la vie de l’Église aussi.

Soyons attentifs, dans ces jours qui viennent, à la parole que nous adressera le pape Léon.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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