Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame à l’occasion de la Journée mondiale de la Vie consacrée
Lundi 2 février 2026 - Notre-Dame de Paris
– Voir l’album-photos de la célébration.
– Présentation du Seigneur au Temple
– Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Ps 23 (24), 7, 8, 9, 10 ; Lc 2, 22-40
Je suis heureux de vous saluer tous et toutes ce soir - au milieu des pèlerins habituels, de tous ceux qui fréquentent cette cathédrale, et avec ceux qui nous rejoignent par la télévision KTO, la radio RCF-Notre-Dame - vous qui êtes des consacrés, des religieux, des religieuses apostoliques, en communion de prière avec les frères et les sœurs de vie monastique, vous qui faites partie de l’Ordo virginum et consacrées, vous qui êtes membres d’instituts séculiers, vous tous qui avez, d’une façon ou d’une autre, décidé de vouer votre vie au Seigneur, à son appel, à un appel plus précis, à un appel découlant de votre baptême mais marqué par des engagements particuliers dans vos vies personnelles, vos vie communautaires, vos vies parfois plus isolées - pour les membres des instituts séculiers ou les Vierges consacrées, vous vivez votre vie d’autres façons qu’en communauté. Vous êtes, tous et toutes ensemble sur un chemin, comme des signes, des signes d’espérance dans le monde où nous vivons.
Mais d’abord, je voudrais revenir sur les lectures que nous venons d’entendre, qui évoquent des personnages en mouvement : les parents de Jésus qui l’emmènent au Temple pour qu’il soit offert et consacré au Seigneur comme premier-né ; le vieillard Syméon qui est conduit au Temple par l’Esprit Saint, il attendait ce moment ; et puis la prophétesse Anne dont on dit qu’elle survint à cette heure-là, elle aussi, puis probablement, bien sûr, conduite par l’Esprit Saint. Ces verbes de mouvement reprennent ceux qui sont entendus dans la première lecture tirée de Malachie : « Voici que j’envoie mon messager, dit le Seigneur, qui pourra l’attendre et attendre sa venue, qui pourra l’attendre de pied ferme vraiment ? » Il va venir, ce mot est répété quatre ou cinq fois dans le texte de Malachie : « venir », « il vient », et il va s’établir au milieu des hommes.
Cela, évidemment, nous fait penser, je le crois très fortement, à la réponse de vocation, à la réponse à l’appel que vous avez fait un jour. Cette réponse-là, c’est une réponse à quelqu’un qui vient vers vous, qui est venu vers vous, vers nous qui avons accepté de le suivre. C’est lui qui vient, c’est lui qui s’approche, c’est lui qui marche à notre rencontre. Dans l’expérience de la vocation qui a été la vôtre, qui a été la nôtre, il n’y a plus beaucoup ce qui a pu apparaître à un moment où l’Église était très nombreuse et où les générations se succédaient : des vocations simplement pour remplacer ceux qui disparaissent. Aujourd’hui, beaucoup plus fortement, et vous l’avez tous et toutes vécu d’une façon ou d’une autre, vous savez qu’il y a eu une irruption du Seigneur dans votre propre vie, il y a eu un moment, le premier moment, et bien d’autres à la suite de ce premier. Peut-être avez-vous résisté au premier moment et au premier appel ? Peut-être avez-vous résisté plusieurs fois ? Peut-être avez-vous attendu pour répondre ? Peut-être cela a-t-il duré un certain temps pour apprendre à découvrir le vrai appel, le vrai message du Seigneur, celui qui requérait toute vos forces, tout votre désir ? Mais il est clair que vous avez vécu cette expérience d’une approche du Seigneur, senti une présence, compris qu’il était là, proche de vous. Il est venu. Mais ensuite il vient pour s’installer, pour purifier, et cette œuvre de purification est de longue haleine : c’est toute notre existence qui y passe ! Pendant toute notre existence nous nous laissons, croyons-nous, purifier. Nous savons bien que nous ne sommes pas parfaits du premier coup et que le chemin de l’existence terrestre, avec celui qui est venu nous chercher, est un chemin de perfection jamais achevé : il est venu pour purifier, comme le fondeur purifie l’or.
Il est venu, dit autrement le vieillard Syméon, comme un signe de contradiction. Il faut beaucoup de patience pour vivre ce signe de contradiction que représente la vie consacrée dans la vie de l’Église, que représente aussi la vie de l’Église dans le monde. Et, grâce à ceux et celles qui répondent à cet appel de consécration, le signe de contradiction peut être vécu parce qu’il est dans votre cœur, dans notre cœur. Nous comprenons que nous ne cessons de lutter contre nous-mêmes, contre notre laisser-aller, et que nous avons besoin sans cesse d’être rappelés par le Seigneur, transformés par lui, pour être ce signe de contradiction qui entretient l’espérance au milieu du monde, qui entretient le goût de la justice pour tous et toutes, pour que chacun soit considéré comme il convient, comme il est normal à un fils, à une fille de Dieu. Ce signe de contradiction vient apporter la joie où il y a de la tristesse, de la désolation, du découragement ; ce signe de contradiction vient alimenter la confiance, la foi, le désir d’être soutenu et de se laisser soutenir par celui qui nous a créés et qui nous veut à ses côtés, et qui veut que tout homme et toute femme puisse un jour faire cette expérience.
Ce signe d’espérance est entretenu par votre propre vie de consacrée. Il est entretenu dans la vie communautaire, dans la vie apostolique, dans la vie professionnelle de certains d’entre vous, qui à travers leur activité quotidienne, savent qu’ils participent à la construction du Royaume de Dieu, du Royaume que Dieu veut, du désir qu’il a, au plus profond de lui-même, de nous associer à lui à partir de maintenant et jusque dans l’éternité, de sorte que ce n’est pas arrivé encore aujourd’hui et qu’il y a tant de besoin de soutenir l’espérance. Dans la vie fraternelle, dans la vie de prière, dans la vie de service, dans la vie à travers laquelle nous rejoignons les plus pauvres de notre société, nous entretenons, par la fidélité à cette consécration, ce bonheur que Dieu veut faire luire, comme avec ces lumières que nous avons portées très haut au début de cette célébration et que j’ai bénies.
Il y a quelques jours, tout récemment, vous avez reçu une lettre de la préfète du Dicastère pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, sœur Simona Brambilla, qui a voulu, avant cette fête de la Présentation du Seigneur au Temple, fête de la Chandeleur, redonner le sens de la consécration telle qu’il est nécessaire qu’elle soit vécue. Et je voudrais, pour conclure, citer un paragraphe de cette lettre qui me paraît dire à la fois combien Dieu s’est approché de chacun de nous dans une expérience intime, profonde, qui a changé sa vie, et que Dieu sans cesse appelle pour que soit maintenue dans la fidélité cette façon dont le Seigneur veut demeurer au milieu de nous. Peut-être que la traduction n’est pas très facile, le mot « demeurer » est pris comme un nom ici :
Le « demeure » évangélique n’est jamais immobilité ni résignation : c’est une espérance active qui engendre des attitudes et des gestes de paix : des paroles qui désarment précisément là où les blessures du conflit semblent effacer la fraternité, des relations qui témoignent du désir de dialogue entre les cultures et les religions, des choix qui protègent les plus vulnérables même lorsque les soutenir a un prix, de la patience dans les processus, même au sein de la communauté ecclésiale, de la persévérance dans la recherche de voies de réconciliation construites par l’écoute et la prière, du courage de dénoncer les situations et les structures qui nient la dignité humaine et la justice. C’est précisément parce qu’il en est ainsi que ce « demeure » n’est pas seulement un choix personnel ou communautaire, mais devient une parole prophétique pour toute l’Église et pour le monde.
Nous demandons au Seigneur d’être fidèle à cette intuition de départ, à cette rencontre que nous avons pu faire parce qu’il est venu à notre rencontre. Nous demandons au Seigneur que cette fidélité à cette première rencontre demeure un signe autour de nous, à l’intérieur même de l’Église et dans le monde où nous sommes.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris