Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à l’occasion des 400 ans de la consécration de l’église Saint-Etienne-du-Mont

Dimanche 15 février 2026 - Saint-Etienne-du-Mont (5e)

– Messe de la dédicace

- 2 Ch 5 ; Ps 12 ; Ep 2 ; Mt 16, 13-19

C’est une très ancienne habitude chez les croyants que de fêter la dédicace : celle du Temple de Jérusalem, dans la première lecture, et celle d’une église dans notre tradition chrétienne. Ce que nous avons lu en première lecture, rappelant cette dédicace du Temple de Jérusalem, montre que cette habitude vient de loin. Ce temple a été dédié, dit le Roi Salomon, à Dieu pour qu’il y habite. Et, pour accueillir Dieu dans sa propre maison, une assemblée nombreuse, une assemblée joyeuse, une assemblée chantante remplit l’édifice avec certainement l’odeur des sacrifices et l’odeur de l’encens qui la couvre. Mais nous avons gardé l’encens comme un signe magnifique de cette présence de Dieu dans le sanctuaire. Et si nous n’oublions jamais de placer l’encens dans ce genre de circonstance, nous le faisons même quand nous célébrons l’eucharistie chaque dimanche.

Dieu est dans le sanctuaire, Dieu est présent ici-même - c’est ce que nous fêtons, ce que nous comprenons par le chant que nous avons-nous-mêmes chanté, le chant du psaume - ce moment est fait pour que, nous-mêmes, à l’intérieur du temple, nous soyons vraiment en prière et vraiment consacrés à ce qui se passe devant Dieu. Notre chant, le chant de l’assemblée, manifeste une adhésion forte à ce que la présence du Seigneur soit ici signifiée : « Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur ! » La maison du Seigneur est le lieu de notre joie ; la maison du Seigneur est le temple où chacun peut se rendre avec le désir de le rencontrer, avec la joie profonde qu’il soit avec nous, avec chacun d’entre nous, avec l’assemblée qui se réunit comme avec chacun qui s’y rend. « C’est là qu’Israël doit rendre grâce » : c’est là que le peuple chrétien vient rendre grâce pour tous les bienfaits que Dieu lui donne. Des bienfaits dont, parfois, dans la vie courante, il ne se rend pas compte, et heureusement donc qu’il a ce lieu pour venir se recueillir, pour venir se remettre et remettre sa vie devant Dieu avec une joie profonde, une exultation, une action de grâces.

Saint Paul, dans la Lettre aux Éphésiens, dit que ceux qui se rassemblent dans l’église ne sont plus étrangers les uns aux autres. Il n’y a pas des gens d’ici et des gens d’ailleurs, il y a des fidèles, il y a des hommes et des femmes qui, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur histoire, quelle que soit leur culture, sont capables de rendre grâce à Dieu, d’être unis dans une même louange. Vous êtes membres de la famille de Dieu, vous avez été intégrés dans la construction. Alors ce temple, cette église, n’est pas simplement une église de pierres, mais elle est l’Église que nous formons : l’assemblée que nous sommes est la véritable Église, l’assemblée chrétienne, comme l’assemblée du peuple de Dieu au Temple était la vraie louange de Dieu. C’est parce que nous sommes là que nous pouvons rencontrer le Seigneur, et que nous savons que nous sommes un peuple dédié à Dieu. La pierre angulaire, dit Paul, bien sûr c’est le Christ, et l’évangile nous apprend, dans la suite de ce cycle de lectures, que cette pierre angulaire nous venons, ici, lui donner notre témoignage, notre foi, notre adhésion. C’est pour cela que nous sommes venus. Nous sommes un peuple constitué autour de lui : nous ne sommes pas venus chacun pour nous, nous ne sommes pas venus chacun simplement avec nos demandes et intentions particulières, mais nous sommes venus parce que nous sommes ensemble et parce que nous sommes l’assemblée du peuple de Dieu.

Devant le Christ nous pouvons proclamer notre foi comme nous l’avons entendu dans l’évangile de saint Matthieu : « Au dire des hommes qui est le Fils de l’homme ? » Qui est-il : Jean-Baptiste, Élie, Jérémie… et vous que dites-vous ? « Tu es, dit Pierre, le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Dans un instant nous allons renouveler notre profession de foi, nous allons dire : « Oui je crois ; je crois en Dieu le Père tout-puissant ; je crois en son Fils Jésus ; je crois en l’Esprit-Saint, » les trois articles principaux de la foi chrétienne qui est la nôtre. Je crois cela… mais, de façon assez belle, nous le croyons appuyés sur la foi des apôtres. Et nous le dirons spécifiquement aujourd’hui. Appuyés sur la foi des douze apôtres, ensemble et chacun séparément, devant ces colonnes qui les figurent, qui figurent les colonnes de l’Église, nous pourrons dire : « oui, je crois, Seigneur », parce qu’à la suite de Pierre, les apôtres ont fait aussi leur profession de foi, et ils ont donné leur vie parce qu’ils professaient leur foi.

Dire que notre foi est appuyée sur celle des apôtres, devant les colonnes sur lesquelles cette église a été bâtie, c’est dire toute la solidité de ce que nous croyons. Depuis si longtemps, des hommes et des femmes ont donné toute leur vie pour que cette foi soit connue, proposée, annoncée, célébrée, vécue, que des hommes et des femmes les suivent au nom du Christ et, parce que le Christ les a appelés, puissent dire avec les apôtres : « oui, nous croyons nous aussi et nous continuons de le dire vingt siècles après. »

Cette église même est le témoignage de ce qu’au long des siècles la foi a pu être dite, proclamée, quelles que soient les circonstances : même au milieu des guerres, au milieu des persécutions, au moment de la plus noire indifférence à la religion, des hommes et des femmes n’ont cessé d’être des témoins qui ont appuyé leur foi au Christ vivant sur les apôtres, comme nous le ferons dans un instant. Le nom même de cette église, Saint-Étienne, premier martyr, le dit. La présence de sainte Geneviève dans cette église, dans ce lieu, sur cette montagne Sainte-Geneviève, le dit à son tour. Elle a été le défenseur de la cité ; elle a été remplie de charité ; elle a montré aux Parisiens ce que la bonté du Seigneur était capable de faire pour eux. Et puis l’on doit citer d’autres personnages illustres qui ont un lien avec cette église. Je pense bien sûr à Blaise Pascal, un génial inventeur, un croyant étonnant, un laïc qui a manifesté son attachement au Seigneur avec tant de force, tant de persuasion, tant d’intelligence et qui a laissé dans ce quartier le souvenir de sa charité exquise et discrète, mais connue. Et je pense aussi à Frédéric Ozanam, bien sûr, lui aussi un intellectuel de premier ordre, mais un homme qui ne s’est jamais laissé enfermé dans sa science ni dans ces livres, mais toujours ouvert à la proximité des plus pauvres, capable d’inventer des œuvres qui existent encore aujourd’hui et qui sont le signe de cette charité de toute l’Église, une charité qui a essaimé de bien des façons à travers tous les siècles et qui, aujourd’hui encore, dans la Ville de Paris, est si bien vécue par tant d’hommes et de femmes dont vous êtes, qui se mettent au service des plus pauvres, au moment d’Hiver Solidaire, par exemple, et dans bien d’autres occasions si belles et si fortes de la présence de l’Église ici-même.

Je ne peux pas conclure sans citer « les saints de la porte d’à-côté » comme disait le pape François : les saints de la vie de tous les jours, les saints dont on ne parle pas mais qui sont au milieu de nous et que nous admirons parce que leur vie est une vie donnée, une vie ouverte au Seigneur, une vie irriguée par la Parole de l’Évangile, par la pratique des sacrements, et par la prière quotidienne, fervente, simple, discrète mais toujours présente. Une sainteté qui s’exprime dans cette église ou qui se vit en particulier, chez soi, derrière la porte fermée de sa chambre, comme dit le Seigneur. Voilà tout ce que nous fêtons dans le souvenir, la mémoire de la dédicace de cette église. C’est si important pour chacun d’entre nous de se souvenir de ce moment où cette église a été édifiée pour que le peuple chrétien puisse s’y rassembler, mais aussi pour que le peuple qui n’est pas chrétien puisse savoir qu’on y prie pour tous et qu’à l’image du Christ, qui donne sa vie pour tous, chacun de nous peut connaître, dans son cœur, la profondeur de son attachement à Celui qui est venu pour nous sauver.

Que notre prière dans cette église se fasse toujours plus fervente, plus belle, plus profonde, plus universelle, toujours capable de rejoindre tous ceux qui sont dans la détresse et tous ceux qui cherchent le chemin d’une vie belle et bonne.

+ Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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