Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à Notre-Dame de la Croix pour le Rassemblement des sixièmes

Samedi 14 février 2026 - Notre-Dame de la Croix (20e)

 Voir l’album-photos du Rassemblement des 6e.

 6e dimanche du Temps Ordinaire — Année A
 Si 15, 15-20 ; Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37

Si vous avez commencé cet après-midi par devoir trouver un chemin, c’était un peu voulu : un chemin où l’on pouvait risquer de se tromper, cela nous introduisait à comprendre ce que dit le Sage Ben Sira, dont nous avons lu un petit extrait du livre qui est dans l’Ancien Testament c’est-à-dire longtemps avant Jésus. On cherchait déjà un chemin et il dit que le chemin de l’homme a toujours deux embranchements possibles : un bon chemin et un chemin qui ne mène nulle part, c’est-à-dire un chemin qui ne fait pas de bien, un chemin par lequel on ne fait de bien ni à soi ni aux autres. C’est donc comme choisir entre l’eau ou le feu ; ça dépend où on veut mettre la main ; de quel côté on veut aller. Et cela n’arrive pas qu’une seule fois dans la vie, de devoir choisir le bon chemin, de le choisir pour toujours : il s’agit donc d’être déterminé, fidèle, et de choisir à chaque embranchement possible, dans l’existence, ce qu’il y aura de meilleur pour soi-même et pour les autres, sous le regard de Dieu.

Cette histoire, que dit un sage qui date de très longtemps avant nous, se répète plusieurs fois dans les lectures de la Bible et de l’Évangile, on verra cela. Le psaume nous a dit qu’on pouvait choisir le chemin qui est au bord de l’eau comme un arbre qui est planté à côté, qui est bien irrigué et qui produit du fruit, ou bien on peut s’éloigner de l’eau qui aide à grandir et alors on ne produit pas de fruit du tout. Il y a beaucoup de textes dans la Parole de Dieu qui nous invitent vraiment à choisir dans la vie une bonne façon de vivre, qui fasse du bien aux autres, à soi-même, et à la nature dans laquelle nous vivons. C’est un thème bien fréquent dans le monde d’aujourd’hui : il faut faire attention non seulement à soi-même, non seulement aux autres, mais également à la terre qui est aussi un don de Dieu et à laquelle il nous faut apporter les bons soins qui sont nécessaires pour la rendre toujours féconde.

Dans la deuxième lecture, l’apôtre saint Paul - c’est plus proche de nous, c’est après Jésus - nous dit que choisir le bon chemin c’est la sagesse qui vient de Dieu. Quand on est inspiré de bien choisir dans la vie ce qui fera du bien à nous et aux autres, et à la terre et à la société tout entière, alors c’est le chemin que dicte la sagesse de Dieu. C’est une sagesse dans laquelle on apprend plutôt à se donner soi-même qu’à prendre ce qui ne nous appartient pas ; c’est une sagesse, comme dit l’apôtre Paul, qui n’est pas connue de ceux qui dirigent le monde parce qu’ils ont plutôt envie de prendre et non pas de donner, de partager, ils n’aiment pas la bonté. Ce n’est pas pour faire une critique des gens qui gouvernent le monde, c’est pour dire : il y a ceux qui dans le monde aiment la bonté et aiment le partage, aiment le choix d’aimer les autres et de les servir, et puis il y a ceux qui prennent toujours aux autres, qui cherchent à augmenter leur domaine, leur richesse, leur pouvoir, leur domination sur les autres et cela n’est pas ce que Jésus a choisi. Jésus a choisi, au contraire, de donner ce qu’il avait, de donner lui-même sa vie pour nous emmener avec lui sur un chemin qui mène vers Dieu notre Père.

Voilà la sagesse qui nous est donnée à choisir, si nous le pouvons, voilà ce que le Seigneur met devant nous si nous le voulons, l’exemple de Jésus, la vie de Jésus tout entière ouverte à ce partage le plus fort, le plus beau, le plus généreux et le plus productif, le plus fécond, celui qui porte le plus de fruits possible auprès des autres et dans la vie de tous.

L’évangile nous dit cela encore d’une autre façon : il y en a qui peuvent choisir le chemin de la violence, et qui veulent toujours s’approprier ce qui ne leur appartient pas. Il y a ceux qui sont prêts à éliminer les autres, c’est le meurtre, mais on n’est pas obligé de tuer les autres physiquement pour les mettre de côté et pour les ignorer et pour les mépriser. Il y a donc le meurtre, mais il y a aussi la volonté de prendre l’homme ou la femme de l’autre, cela c’est aussi un risque très profond. Mais la question de l’adultère c’est surtout le désir de s’approprier l’autre d’une façon ou d’une autre. Et puis il y a le risque du mensonge. Voilà ce qui est devant nous : nous pouvons choisir de vouloir tout ramener à nous, nous pouvons choisir de vouloir dominer les autres, d’exercer sur eux une influence néfaste et de les tenir dans notre pouvoir, et nous pouvons aussi choisir de mentir sur ce que nous vivons. Le Seigneur nous invite au contraire à rectifier, et à nous dire : pas de violence, pas de domination sur les autres ! Et cela arrive chez nous, dans nos vies les plus ordinaires, et je l’imagine dans la vie d’une classe, dans un collège : il y a aussi cette possibilité de dominer les autres, de les terroriser et de les empêcher de vivre. Cela, il faut l’éliminer. Voilà ce qui va nous aider à ressembler davantage au Christ et à nous apprendre à nous donner le mieux possible aux autres.

Voilà un chemin qui est beau et bon. Nous ne pouvons pas le vivre tout seul. Nous le vivons, vous êtes nombreux, en nous aidant les uns les autres. Nous le vivons en regardant Jésus sur la croix qui se donne aux autres. Nous le vivons en admirant la Vierge Marie qui a accueilli dans sa vie ce que Dieu lui demandait de faire, qui était de faire naître, au milieu des hommes, Jésus Fils de Dieu, capable de nous sauver. Alors quand nous regardons le modèle de Marie, quand nous regardons Jésus qui se donne à nous, nous pouvons avoir envie de choisir le bon chemin avec lui, le chemin du don de soi, le chemin de l’amour parfait, le chemin où on ne cherche pas à mettre les autres sous sa domination, le chemin où on ne dit pas ce qui n’est pas vrai. Voilà ce qui vous est proposé aujourd’hui.

Dans quelques jours nous entrerons dans le carême. Nous allons pouvoir essayer de nous renouveler intérieurement et de choisir de nouveau d’être avec le Christ, jour après jour, d’être avec la Vierge Marie qui nous accompagne, nous donne la force de vivre ce que nous avons à vivre et attire notre regard vers Jésus : c’est le chemin, c’est la joie, c’est la bonté. Tâchez de former toujours votre vie de ce côté-là et de désirer ce que Dieu veut de meilleur pour chacun d’entre nous.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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