Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Confirmations d’adultes à Saint-Honoré d’Eylau
Samedi 23 mai 2026 - Saint-Honoré d’Eylau (16e)
– 10h00
- Jl 3, 1-5a ; Ps 103 ; Rm 8,22-27 ; Jn 7, 37-39
Ces lectures que nous venons d’entendre méritent quelques explications, pour nous faire comprendre des choses que nous avons à vivre et que nous vivons en ce moment.
Tirée du Livre de Joël d’abord, à une époque pas très bien connue, pas très bien déterminée : un prophète qui portait le nom de Joël - c’était avant Jésus bien sûr ! - annonce qu’un jour, Dieu donnera son Esprit à tous, les anciens, les jeunes, les serviteurs et les servantes, pour ne pas dire peut-être les esclaves. Cela veut dire à la fois grande diversité d’âges - elle est représentée chez vous en partie - et aussi diversité de situations sociales. Et Dieu veut donner son Esprit à tous pour découvrir quelque chose d’inouï, probablement à cette époque et certainement encore aujourd’hui : « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » C’est-à-dire que, potentiellement, tout le monde peut être sauvé ; c’est une annonce qui est faite à tous. Il y a donc des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, de toutes conditions humaines, de toutes conditions sociales, qui seront capables de porter au monde cette bonne nouvelle que, en regardant vers le Seigneur Dieu, en lui faisant confiance, en mettant sa foi en lui, toutes ces personnes - et nous en sommes - pourront croire et dire que Dieu veut sauver tout le monde. Tout cela traverse toute la Bible, elle s’achemine toujours vers cette parole-là d’une façon ou d’une autre : la promesse de Dieu est pour tous.
Quant à l’apôtre Paul - cette fois-ci c’est quelques années après la mort et la résurrection de Jésus – il dit la même chose mais autrement : toute la Création est comme une mère qui attend la délivrance de l’enfant qu’elle porte en elle ; la Création attend de voir un jour nouveau et de voir une nouveauté inouïe ; la Création n’est pas toute seule, et nous aussi nous attendons ce jour où nous verrons ce que l’apôtre promet de la part du Seigneur Jésus. Cette fois-ci, nous avons été sauvés, mais c’est en espérance et un jour viendra où nous serons sauvés vraiment par l’amour de Dieu. Dieu qui nous connaît et qui connaît nos cœurs veut mettre cette assurance-là dans notre propre cœur. Il nous veut espérant d’être sauvés un jour et d’entraîner avec nous d’autres que nous rencontrerons sur notre chemin.
Bien sûr nous ne voyons pas encore tout cela, mais nous le portons très fort dans notre cœur parce que Dieu l’y a mis, parce que Dieu a voulu que notre cœur soit témoin de cela et qu’il puisse dire, par des paroles et par des gestes de bienveillance, l’espérance qui est en nos cœurs à tous, aujourd’hui tout particulièrement : nous attendons ce moment où cette révélation arrivera.
Et l’évangile que nous venons d’entendre - c’est la Parole de Jésus - dit que « tout cela s’accomplira, parce que de mon cœur sort une source d’eau vive qui va tout transformer, mais cette source d’eau vive sera complétement donnée quand j’aurai donné ma vie pour vous tous, quand je serai passé par ce mystère de ma mort et de ma résurrection. » À ses disciples et à ceux qui l’écoutent, il dit encore : « Un jour vous comprendrez, quand je serai passé par la mort et la résurrection je pourrai vous donner cet Esprit que Dieu vous promet depuis le début, vous le recevrez et vous serez témoins de cela. » En prononçant ces paroles, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Mais la foi que nous mettons en Jésus, c’est la foi en celui qui se donne tout entier, qui donne toute sa vie, qui donne tout ce que Dieu veut donner et qui est capable d’affronter la douleur et la mort pour nous donner la vie avec sa résurrection.
De telle sorte qu’aujourd’hui nous pouvons dire, et vous pouvez dire, vous qui allez recevoir ce don que Dieu vous fait, de son Esprit, et je cite ici une de vos lettres : « J’ai découvert que le Christ n’était pas simplement quelqu’un qui m’a été transmis par la tradition, mais quelqu’un avec qui je peux être en relation chaque jour. » Ça c’est la grande promesse pour notre vie d’aujourd’hui, en attendant la grande promesse de l’Espérance qui nous conduit jusqu’à la vie éternelle. La grande promesse c’est qu’aujourd’hui, avec la force de l’Esprit Saint, nous pouvons croire que, vraiment, le Christ n’est pas seulement un personnage de l’histoire qui a fait du bien dans son temps mais une personne vivante aujourd’hui au milieu de nous, avec qui nous pouvons être en relation fréquente, quotidienne, permanente.
Comment le manifestons-nous ? Comment manifestons-nous cette foi et cette espérance ? Eh bien par le changement que cette Bonne Nouvelle introduit dans nos cœurs et dans nos vies. Par la force de l’Esprit, ayant cru ce que nous croyons et que je viens de rappeler, nous pouvons faire comme l’un d’entre vous dit, et je cite donc là encore quelques lettres : « J’ai commencé à pouvoir pardonner. » C’est un changement considérable ! Commencer à pouvoir pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, c’est entrer déjà dans une relation nouvelle, grâce à l’Esprit du Seigneur. Un autre dit : « Je prie désormais pour que le Seigneur me permette d’être un témoin fidèle de lui, de ce qu’il m’a apporté, de ce que j’ai compris qu’il était, de la rencontre que j’ai faite avec lui ». Et puis d’autres disent : « Je me suis mis dans un groupe de maraudes, pour aller à la rencontre de ceux qui sont dans la rue et qui n’ont pas de domicile. » Et un autre dit : « Moi je me suis inscrit dans une équipe d’aumônerie d’hôpital pour aller visiter les malades au nom du Seigneur ». Et tant d’autres choses que vous avez pu m’écrire et que je ne peux pas citer, mais vous comprenez, pour dire et vivre la foi que le Seigneur vous donne son Esprit pour vous laisser transformer, que le Seigneur nous donne son Esprit pour nous laisser transformer. Il faut être fidèle à la prière, aux sacrements, à l’assemblée d’Église. Il faut désirer apprendre à pardonner quand on nous a fait du mal et désirer rétablir les relations. Il nous faut apprendre à mettre notre vie au service de ceux qui en ont vraiment besoin par un acte, des actes de charité qui ne sont autres que la charité de Jésus Christ pour tous les hommes et toutes les femmes.
Voilà comment nous nous laissons changer par l’Esprit de Dieu, en croyant qu’à travers le don de nous-mêmes Dieu nous change et nous offre cette espérance magnifique de vivre un jour avec lui au-delà des douleurs, des souffrances et de la mort.
Recevez maintenant le don de Dieu. Soyez maintenant marqués de l’Esprit Saint qui est le don que Dieu vous fait et qui est Lui-même.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris