Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Dimanche 20 septembre 2026 - Notre-Dame de Paris

– 25e Dimanche du Temps Ordinaire – Année A

- Is 55, 6-9 ; Ps 144, 2-3.8-9.17-18 ; Ph 1,20c-24.27a ; Mt 20,1-16

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit le Seigneur dans le Livre d’Isaïe, et vos chemins ne sont pas mes chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont au-dessus de vous. » On pourrait avoir l’impression que Dieu se situe d’abord en surplomb et loin de nous, loin des hommes. C’est la fin du texte mais nous avons compris, d’après le début, qu’il disait presque le contraire : « Approchez-vous du Seigneur puisqu’il est proche » - la traduction dit « tant qu’il est proche » - et on pourrait avoir le sentiment que cela ne durera pas. La traduction qui paraîtrait plus juste, vérifiée dans d’autres, c’est bien « puisqu’il est proche » : « Tournez-vous vers lui puisqu’il se laisse approcher. » C’est donc un peu un paradoxe : le Seigneur est bien au-dessus de nous, mais cela veut dire qu’en réalité il est bien proche de nous, il nous connaît bien, et il nous veut du bien. Cependant il ne le veut pas à la façon dont nous prodiguons le bien. Il le veut en insistant mais sans vouloir nous capter, nous capturer. Il veut simplement nous rappeler sans cesse qu’il est là, qu’il nous aime, que sa miséricorde à notre égard est immense et inlassable.

C’est bien ce que nous dit l’Évangile, et Jésus cherche sans arrêt des images et des paraboles pour le montrer.
La semaine dernière, c’était le débiteur impitoyable qui devait une somme incroyable qui lui a été remise. La dette, qu’il n’aurait jamais pu rembourser, lui a été remise : c’était dix ans du salaire du roi ! Aujourd’hui, la démesure de Dieu se manifeste un peu autrement : cette démesure de Dieu, cette disproportion de son amour par rapport avec le nôtre qui est toujours insuffisant, se manifeste par le fait que le maître de la vigne va chercher tout au long du jour des gens pour y travailler. Il sort, vous l’avez noté, cinq fois dans la journée. Il aurait pu se dire : une fois que j’ai embauché mon monde, il y en a assez, cela suffit, ils peuvent faire le travail que je leur ai demandé et, même s’il y en a trop, ils le feront, je les payerai. Mais non, il va en chercher d’autres une première fois, cela fait donc deux, une deuxième fois, une troisième fois et une quatrième, cinq fois en tout pour aller chercher du monde, pour aller rechercher les hommes qui ne font rien, les hommes qui sont là les bras ballants sur la place et qui n’ont pas trouvé, disent-ils, à s’employer. Sont-ils arrivés un peu tard ? Se sont-ils levés après le jour ? Lui, le Seigneur, est là, toujours.

D’habitude, quand on parle de cette parabole, on s’étonne de l’injustice, comme ceux qui sont arrivés en premier, du salaire qui n’est pas meilleur quand on a travaillé une journée entière ou seulement une ou deux heures, mais on oublie de remarquer cela. L’insistance avec laquelle le maître de la vigne, c’est-à-dire Dieu lui-même, Dieu le Père, sort de chez lui pour aller à la rencontre des hommes qui ne semblent pas avoir d’avenir, qui ne semblent pas intéresser les autres. Ils n’ont pas trouvé de travail mais lui leur en donne, et il donne même un salaire. On a l’impression qu’il a envie de dépenser son avoir. À quoi cela fait-il penser ? À l’énergie que Dieu dépense au long des siècles pour venir à la recherche des hommes et leur montrer le chemin du salut. Voyez dans l’histoire du salut tous les prophètes, les serviteurs que le Seigneur a envoyés auprès de son peuple pour les remettre dans le chemin régulièrement ! Voyez d’autres paraboles qui l’indiquent dans les évangiles. Il va jusqu’à envoyer son propre Fils. Et après avoir envoyé son Fils il continue en envoyant son Église avec ses témoins, ses ministères, ses serviteurs et tous ceux qui donnent leur vie pour les autres. Il ne cesse d’aller à la rencontre.

Cette semaine, nous allons vivre cela avec le Saint-Père : vendredi seront réunis, dans cette cathédrale, 8 000 serviteurs de Dieu, évêques, prêtres, diacres, épouses de diacre, religieux, religieuses, consacrés, séminaristes, serviteurs que le Seigneur a appelés, qui ont répondu pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ ; le soir-même, au Stade de France, 80 000 jeunes qui se sont précipités pour aller à la rencontre du Pape et qui veulent vivre quelque chose, entendre cette parole, cet appel, sans cesse, du Seigneur à se convertir et à être des témoins dans le monde ; le lendemain, plusieurs centaines de milliers de personnes place de la Concorde et avenue des Champs-Elysées pour écouter cette même parole et être elles-mêmes mobilisées - vous en serez peut-être, les uns ou les autres ? - pour être mobilisées par le Seigneur et pour pouvoir entendre le Pape Léon XIV nous redire inlassablement, comme un refrain, ces paroles du Seigneur « Pour que le monde ait la vie », pour que nous ayons la vie, pour que vous ayez la vie, et la vie en plénitude, c’est-à-dire une vie reçue de Dieu, une vie qui fait notre joie parce qu’elle est un don qui nous est fait, une vie partagée avec les autres ! En Église nous sommes ensemble, nous sommes même avec ceux qui croient autrement que nous, ou qui ne croient pas, mais nous sommes là pour chanter le même refrain de la part du Seigneur. C’est celui d’une vie qui est donnée pour qu’il soit vu, perçu, compris que ce que nous disons et ce que nous faisons tâchent de s’accorder. Nous essayons de montrer dans notre vie la vérité de ce que nous disons.

Voilà comment le Seigneur nous rejoint, de façon insistante, permanente, répétitive, persistante, sans se décourager. Il revient tous les jours pour nous dire : « Je veux que vous ayez la vie ; je ne veux pas que vous soyez à rien faire dans votre vie, mais que vous considériez votre vie comme belle, » comme un chemin accompagné par lui, appelé par lui.

Rendons grâce à Dieu et préparons-nous à recevoir le Pape dans cette intention-là.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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