Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame pour le 100e anniversaire de la naissance du Cardinal Jean-Marie Lustiger

Jeudi 17 septembre 2026 - Notre-Dame de Paris

 Voir l’album-photos du Colloque et de la messe à Notre-Dame de Paris.

 24e Semaine du Temps Ordinaire – Année A
 1 Co 15,1-11 ; Ps 117, 1-2.16-17.28.21 ; Lc 7, 36-50

Dans la Première lettre aux Corinthiens, nous venons d’entendre un beau retour de l’apôtre Paul sur son propre ministère. J’en retiens trois moments qu’il faut considérer avec attention et pour lesquels nous pouvons méditer.

Le premier c’est : « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu. » La fidélité du témoignage de Paul à ce qu’on lui a dit. Mais vous savez bien que ce qu’on lui a dit n’est pas une théorie, une doctrine figée, conceptuelle et simplement dans la tête, mais une histoire. L’histoire de Dieu fait homme qui donne sa vie jusqu’au bout et dont un certain nombre ont été témoins et le rapportent comme l’objet même de leur foi. Ce qu’ils croient, c’est que Dieu s’est tellement rapproché de l’humanité qu’il est devenu un homme parmi nous, qu’il a donné sa vie pour nous, pour nos péchés et qu’il est ressuscité, vivant, vu par un certain nombre de témoins qui l’ont reconnu, et qui en donnent le témoignage.

Voilà ce que Paul retient de la foi qu’il a reçue, de la foi chrétienne qu’il nous transmet. C’est une histoire vraie et c’est une histoire qui rend notre propre histoire véridique car elle s’appuie sur des témoignages qui ne sont pas contestés ou qui, plus exactement, sont reçus par nous comme le fondement de la vérité de notre vie. Nous sommes aimés par un Dieu qui a donné sa vie pour nous, et qui s’est montré vivant après sa mort.

La deuxième chose : « Mais moi je ne suis qu’un avorton. Qui suis-je pour avoir été choisi ? Je suis pécheur puisque j’ai pourchassé et persécuté l’Église de Dieu. » Bien sûr, Paul reconnaît son péché ; Paul reconnaît sa fragilité, sa faiblesse ; il s’était entêté dans une doctrine beaucoup moins vivante et vivifiante dont il vient de donner le témoignage, et c’est de cela qu’il comprend que son péché est réel. Il a cru que des doctrines qu’il avait reçues étaient capables de le sauver, et il comprend aujourd’hui que c’est la vie, par la mort et la résurrection de Jésus, qui est la vraie source de son salut. Un véritable amour, incarné, donné jusqu’au bout et ressuscitant, ressuscité, capable de donner la vie. « Je ne suis qu’un avorton comment se fait-il que j’ai pu être choisi pour être ainsi témoin d’une foi que j’ai combattue ? »

On peut comprendre, de cette façon, la lecture de l’évangile qui a suivi. La femme pécheresse, qui est mise en cause par le pharisien chez qui se rend Jésus, a été pardonnée. Elle aussi était consciente de sa fragilité et de son péché, de ses comportements qui ne tenaient pas compte de l’amour vrai, profond, total dont elle était aimée. Et un jour elle le comprend, elle veut en être, elle aussi, témoin.

Paul et cette femme ont conscience de leur péché, de la fragilité de leur témoignage, mais de la force en même temps de celui qui leur donne d’être des témoins.

Troisième chose : « Ce que je suis devenu je le suis devenu par grâce. Et la grâce vivant en moi n’a pas été sans porter de fruit. » L’apôtre a découvert qu’en annonçant l’Évangile, qu’il vient de rappeler, il est lui-même transformé, il est lui-même déjà sauvé, il est lui-même déjà sur le chemin du Salut que lui offre Dieu. C’est cela qui est caractéristique et fondamental : croire que tout vient de Dieu et que la vie, l’amour, la mort et la résurrection, le salut, tout cela n’est pas d’abord notre œuvre, tout cela n’est pas ce que nous faisons parce que nous nous comportons bien, mais c’est l’œuvre de Dieu qui change quelque chose dans notre vie.

Aujourd’hui, nous faisons mémoire du cardinal Lustiger qui a été archevêque de Paris. Il a lui-même aussi reçu ce témoignage éblouissant dans un moment de sa jeunesse, de son adolescence, lui faisant demander le baptême. Lui, le Juif, a compris que c’était en Jésus qu’il était sauvé et que ce qu’il avait à transmettre, ce qu’il avait à dire, ce dont il avait à témoigner, c’était bien ce Jésus qui donne sa vie pour tous. De la même façon que Paul, il a pu se dire : « Qui suis-je moi pour être devenu témoin ? Comment se fait-il que la grâce de Dieu ait opéré en moi ? » Et il a grandi jusqu’à devenir prêtre et serviteur, serviteur de l’Évangile appelé à l’épiscopat à Orléans puis à Paris. Et chargé de dire cette belle et bonne nouvelle pour tous. Sa fidélité, la grâce qui l’a touché, est ce qui vraiment est capable de nous toucher aussi puisque nous avons vu, en lui - malgré ses faiblesses, malgré le péché qu’il savait être en lui - un témoin. Nous pouvons être sauvés parce qu’il nous a dit avec fidélité que cette parole, que nous recevons jour après jour, nous transforme, que le Seigneur vit en nous. Nous espérons que, par sa grâce, le fruit qu’il attend de notre conversion soit un beau fruit pour l’annonce de l’Évangile.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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