Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe de la Toussaint en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Dimanche 1er novembre 2026 - Notre-Dame de Paris

– Solennité de Tous les Saints

- Ap 7,2-4.9-14 ; Ps 23, 1-6 ; 1 Jn 3,1-3 ; Mt 5, 1-12a

C’est à une grande liturgie céleste que nous assistons et à laquelle nous pouvons participer, dans le livre de l’Apocalypse de saint Jean, notamment dans le passage que nous avons entendu en première lecture. Nous voyons tous ceux qui sont là : les anges, les anciens, mais aussi des fidèles qui ont traversé des épreuves dans la vie et qui sont devant Dieu pour l’acclamer et chanter sa louange. C’est un grand moment de liturgie et, quand nous célébrons l’eucharistie comme nous le faisons ce soir, nous pouvons déjà avoir le sentiment d’être invités à cette liturgie dès ici-bas. Dans notre quotidien, il se trouve donc de ces moments exceptionnels que nous vivons aussi souvent que possible : les uns le font presque chaque jour, les autres au-moins chaque dimanche, parfois moins souvent, mais c’est l’occasion de nous associer à cette grande acclamation pour Dieu et d’imaginer que ce que nous faisons ensemble ce soir est déjà l’annonce de ce que Dieu prépare pour nous. Il veut nous associer à sa gloire et à sa sainteté dans laquelle il nous fait grandir, dans laquelle il essaie de nous faire nous développer. Nous sommes fortement invités à ne jamais oublier - quelle que soit la solennité de l’eucharistie à laquelle nous participons, de la prière de l’Église à laquelle nous participons - qu’elle est déjà une participation à cette gloire de Dieu dans le Ciel. Elle nous y prépare, ne l’oublions pas. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait tout le déploiement de faste liturgique que nous connaissons particulièrement dans une cathédrale, et notamment dans celle-ci ; il est utile, beau et bon d’imaginer que, quelle que soit la taille de l’assemblée, quelle que soit la solennité, c’est une participation qui nous est offerte, déjà, à la glorification de Dieu auprès de qui nous sommes invités à nous préparer à aller.

Bien sûr, tout le monde ne perçoit pas cela. Et bien que nous ayons des saints qui ont déjà combattu vigoureusement dans leur vie pour être fidèles, nous savons que, dans notre quotidien, il n’est pas toujours bien clair et bien visible que nous commençons à participer à ce chemin qui nous mène vers Dieu. Nous pouvons avoir le sentiment d’être enfermés dans une histoire. Nous pouvons avoir le sentiment de voir plutôt les souffrances, les combats, les difficultés de l’existence et de nous y sentir parfois enfermés. Dans le monde d’aujourd’hui, nous voyons ces violences qui traversent même notre société. Mais nous ne sommes pas enfermés dans ce temps, nous sommes déjà promis à l’éternité avec le Seigneur, et cela donne à nos combats quotidiens, à nos luttes pour rester fidèles à Dieu, une allure très différente. Nous sommes promis à ce que le Seigneur veut pour nous.

La Première lettre de saint Jean, que nous avons entendue aussi, nous dit que tout cela n’est pas visible au premier coup d’œil. Il faut être un fidèle du Christ, il faut être un disciple, pour comprendre ce qui se passe dans notre existence. Ce n’est pas aperçu de tous mais, nous, nous comprenons, nous avons la grâce qui nous est faite de comprendre le chemin sur lequel nous marchons, le chemin de la sainteté qui est un rude combat, le chemin de la vérité qui nous guide jour après jour.

Alors puisque cela n’est pas aperçu de tous, nous comprenons mieux ce que signifie l’évangile des Béatitudes que nous venons de lire : ce n’est pas uniquement avec des paroles que nous pouvons témoigner de ce que le Christ nous fait vivre et du chemin où il nous guide à la rencontre du Seigneur, à la rencontre du Père de tous les hommes et du Créateur de tout ce monde dans lequel nous vivons. Nous comprenons que c’est aussi par notre façon de vivre les Béatitudes que nous devenons des témoins capables de faire grandir le désir de la sainteté dans notre propre cœur et dans le cœur des autres. Nous comprenons que les Béatitudes nous donnent un chemin qui n’est pas le chemin du monde. Les Béatitudes nous ouvrent à d’autres capacités, d’autres vertus, d’autres valeurs - comme on dit parfois, mais c’est insuffisant de parler ainsi - que celles du monde : la pauvreté et la simplicité de la vie. Nous avons fêté dans cette cathédrale, il y a quelques semaines, saint François d’Assise comme un modèle de cette simplicité de vie qui met en relation avec tout le monde, dans une belle fraternité. La simplicité de vie et la pauvreté ne sont pas forcément des malédictions, mais au contraire des chemins, une expression du désir d’être consolé par le Seigneur lui-même et de comprendre que notre vie est faite pour être remplie de sa grâce.

Je connais une personne qui, ayant été malmenée il y a quelque temps, est venue dans cette cathédrale et s’est trouvée devant la Sainte Couronne d’épines, qui est ici au fond du chœur. Et elle a témoigné en disant : Quand j’ai été devant cette Couronne d’épines je me suis dit : « Lui, le Christ, il a souffert davantage que moi et il m’a consolée. Il m’a consolée de toute la souffrance qui était en moi, qui s’est échappée de moi parce que j’étais à cet endroit-là, à ce moment-là. J’ai senti qu’il m’écoutait et qu’il me consolait. » Être consolé par l’amour de Dieu, n’est-ce pas quelque chose qui nous transforme et qui est bien différent de ce que le monde nous invite à vivre ? Vivre avec le désir de la miséricorde de Dieu, c’est se sentir déjà libéré du péché qui marque nos vies et d’espérer être complétement transformé, être marqué par la douceur, la douceur de la façon d’être avec les frères et les sœurs contre la violence qui risque toujours de marquer les relations des hommes entre eux. Et nous comprenons tout spécialement ces jours-ci, en France, ce que peut signifier être marqué par la douceur plutôt que par la violence.

Il y a aussi la recherche du chemin d’un cœur pur, c’est-à-dire un chemin d’authenticité, de vérité et de droiture plutôt que le chemin du mensonge et de l’apparence.

Et enfin d’être désireux de la justice de Dieu qui est simplement cet amour qui se répand en tous de façon égale. Ce que Dieu désire, c’est que chacun puisse être considéré dans sa dignité, dans sa force d’être humain aimé de Dieu.

Tout cela conduit à vivre et à chercher partout la paix, dans les relations les plus quotidiennes avec nos frères et nos sœurs, mais aussi pour nos sociétés, pour notre monde tout entier. Le refus de la domination est un chemin qui nous oblige, qui n’est pas forcément facile, mais c’est le chemin qui rend heureux, qui rend proche du Seigneur et de sa sainteté.

Voilà ce dont nous pouvons témoigner ; voilà ce qui met en lumière la sainteté que Dieu nous offre ; voilà ce qui éclaire ce que tout homme et toute femme ne voient pas du premier coup, pas plus que nous-mêmes d’ailleurs ; voilà ce qui nous introduit à chanter sans fin la gloire de Dieu.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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