« L’été est un temps fort d’action de grâce »

Paris Notre-Dame du 25 juillet 2024

Pour tous, les mois d’été sont souvent synonymes de repos bien mérité. Pourtant, ils sont aussi un temps à mettre à profit pour l’action de grâce de l’année écoulée et l’abandon pour les échéances de la rentrée. Comment aborder ce temps spirituellement ? Le P. Antoine Vidalin, théologien et formateur à la Maison Saint-Augustin, donne quelques pistes de réflexion.

Le P. Antoine Vidalin, théologien, est formateur à la Maison Saint-Augustin.
© Guillaume Poli

Paris Notre-Dame – L’été est connu pour être une période charnière dans nos vies. Comment l’aborder et mettre ce temps à profit ?

P. Antoine Vidalin – Nos vies paroissiales et nos vies de chrétiens sont aussi rythmées par ce temps d’été. J’apprécie particulièrement l’image des moissons pour qualifier cette période de l’année. Les blés sont mûrs ; les paysans œuvrent dans les champs pour les moissonner. De même, pour filer la métaphore, il est temps pour nous d’engranger le fruit récolté durant l’année. Certes, il peut y avoir une grosse fatigue et le besoin plus ou moins urgent de prendre du recul et de mettre en pause l’activisme. Mais l’été est le bon temps pour relire son année, afin d’en goûter les fruits, qui peuvent être divers, entre ce qui a été réalisé et ce qui a émaillé l’année : les joies pastorales, les communions, les entrées au Séminaire, pour ce qui me concerne. L’été est aussi le moment d’une rupture propice, favorable pour relire les choix qui ont été posés. Par exemple, un curé qui va changer de mission doit prendre le temps de goûter les fruits de l’année et les remettre à Dieu dans l’action de grâce. L’été peut être un temps fort d’action de grâce, dans le sens eucharistique. Quand on moissonne dans l’Ancien Testament, il faut apporter la première gerbe en offrande à Dieu. De la même manière, au terme de sa mission, on apporte le fruit en offrande à Dieu.

P. N.-D. – Avant l’été, de nombreux prêtres savent qu’ils vont changer de mission ; parmi eux, certains sont nommés curés pour la première fois, d’autres sont mutés. Quels encouragements leur donneriez-vous ?

A. V. – Le prêtre doit être prêt à remettre sa mission qui s’achève dans la reconnaissance pour ce que Dieu a fait. C’est dans l’échange eucharistique qu’il peut rendre grâce pour les fruits donnés et recevoir de Dieu sa nouvelle mission. Cette disposition de cœur peut se vivre dans le cadre d’une retraite. L’été est le temps pour tout chrétien où l’on rend à Dieu ce qu’il nous a donné. Ainsi, pour les curés, ce n’est pas forcément un moment de discernement mais de ressourcement auprès du Seigneur pour ensuite mieux comprendre sa volonté et marcher dans ses pas. Durant l’été, il faut puiser des forces en Dieu et ne pas être obnubilé par l’échéance de la rentrée. Il vaut mieux arriver sans trop d’idées préconçues et ne pas remplir son été de stratégies !

P. N.-D. – Si l’été est propice à la relecture, n’existe-t-il pas également la tentation de fuir le réel ?

A.V. – L’été n’est pas seulement le temps du retrait mais aussi celui qui nous plonge dans un environnement relationnel plus vaste ou différent que notre cercle habituel. On se retrouve en famille, entre amis. D’ailleurs, cela peut susciter de grosses tensions et difficultés. Je pense notamment aux vacances familiales qui ne sont pas toujours simples. On peut aussi avoir la tentation de se divertir dans toutes sortes d’activités par peur de l’ennui et surtout ne pas se confronter à des réalités que l’on a fuies durant l’année. Pour y faire face de manière paisible, on peut prendre le temps de nourrir sa vie spirituelle par la méditation des Écritures Saintes. Les retraites spirituelles sont aussi un bon temps pour apaiser son cœur.

Propos recueillis par Marie-Charlotte Noulens

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