« Le fou d’Assise » : le pari irrésistible du Chœur Éphata

Paris Notre-Dame du 19 mars 2026

À l’occasion du 800e anniversaire de la mort de saint François d’Assise, l’église St-Germain-l’Auxerrois accueille, depuis le 12 mars et jusqu’au 20 mars la nouvelle création du Chœur Éphata, Le fou d’Assise. Une histoire immersive chorale audacieuse en plusieurs tableaux où s’incarne en relief la vie du Poverello dans une composition vive et sensible qui élève les âmes.

Le choeur Éphata, en novembre 2025.
© Dylan Guidez

« Et si un concert pouvait raconter une histoire ? » C’est le pari du Chœur Éphata, créé en 2017 et dirigé par Rogatien Despaigne, passionné de musique sacrée, qui a imaginé avec l’aide de trois de ses frères, Paul, Félix et Jean, prêtre, une cantastoria ciselée et profonde intitulée Le fou d’Assise. Cette forme originale, la cantastoria, proche de l’oratorio et mise en lumière dans l’église St-Germain-l’Auxerrois (1er), réveille une pratique théâtrale ancienne de l’Italie baroque où un comédien itinérant racontait une histoire en chantant et en montrant des images pour soutenir son récit. Inspiré par cette tradition de conteur d’histoire, le chef de chœur de 25 ans a imaginé réinvestir cette forme contée afin de dérouler le fil de l’histoire du saint d’Assise. Sa toute nouvelle composition fait dialoguer le chœur et les personnages tout en insérant des pièces du répertoire sacré – notamment des cantates de Bach et des motets de Mendelssohn – surtitrées en français, mais aussi des pièces d’autres grands compositeurs, comme Poulenc ou Allegri, ainsi que des cantiques et chants d’assemblée. Un répertoire élargi qui permet de renouveler l’accès au chant choral et à la musique sacrée, et de transmettre la beauté d’une voix qui chante pour Dieu.

À la nuit tombée, au milieu de l’écrin de St-Germain-l’Auxerrois, tout commence par une fête tissée d’éclats de rire, où les choristes entonnent un madrigal de Monteverdi : une trame mondaine qui s’éteint en contrechamps de l’appel du Seigneur : « François Bernardone, fils de Pierre, le plaisir est court et son goût est amer. [...] Tu méprises ma voix, mais du fond de l’abîme, ton âme veut l’entendre. Laisse s’ouvrir ton cœur », interpelle en français la voix de basse du soliste François d’Arjac vers un François tout d’abord sidéré. Incarnant avec une justesse saisissante le Poverello tout au long du récit, le soliste Gaël Lefèvre, contre-ténor à la voix très souple, exprime tout le bouleversement d’une âme qui répond pour la première fois à son Créateur : « Ô mon cœur, [...]deviens le fou d’Assise, le fou d’Amour, le fou de Dieu ! » S’ensuit alors une série de neuf tableaux, qui suivent les étapes de la vie de François, jusqu’à son testament spirituel sublimé par une interprétation revisitée du Miserere d’Allegri dans une église plongée dans l’obscurité ; on relèvera particulièrement un beau dialogue empreint d’impuissance entre François et le Sultan, la mise en musique du Cantique des créatures, ou encore un audacieux échange chanté entre l’Enfant Jésus et le Christ crucifié.

Portée par la grande exigence intérieure des trente-six chanteurs et de leur chef de chœur, Le fou d’Assise relève le défi d’emmener pendant 1h45 les auditeurs dans les profondeurs méditatives du chant sacré à travers l’histoire d’un grand saint. Une ambition généreuse qui reprend et prolonge les créations des années précédentes comme l’histoire du Chemin de Dismas, composée à l’occasion du jubilé de l’Espérance, qui associait les compositions de musique sacrée à une méditation sur la grâce et le désespoir, et dont la dernière représentation a été donnée à l’occasion de la commémoration des attentats du 13 novembre, à l’église St-Ambroise (11e), bouleversant beaucoup de cœurs.

Mathilde Morandi

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