Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe et veillée de prière à Notre-Dame de la Santé à l’occasion de la Journée Mondiale des Malades en l’église Saint-Sulpice

Vendredi 13 février 2026 – Saint-Sulpice (6e)

- Jb 1-4, 6-7 ; Ps 22,1 ; Lc 10, 25-37

L’histoire de Job nous est bien connue. Elle est ancienne, elle date d’avant Jésus, et constitue donc le signe d’une foi, d’une espérance, qui a été exprimée avant Jésus : la foi d’un homme qui vit une souffrance immense, une souffrance dont il ne sait pas l’origine lui-même. Il se demande bien pourquoi lui, qui aime le Seigneur, il a été touché dans sa vie, dans sa famille, dans sa santé, dans ses biens : pourquoi aurait-il mérité cela ? La Bible nous explique très clairement que cet homme n’avait rien fait de mal et que ce n’était pas une apparence, qu’il ne méritait pas le sort qui lui arrivait. C’est la souffrance injuste qui tombe sur l’homme juste et droit. On connaît l’ensemble de cette histoire. C’est Dieu lui-même qui dit : as-tu vu mon serviteur Job ? Il n’y en n’a pas de pareil que lui. Il est fidèle. Et Job décrit son malheur, son malheur de jour en jour, ses journées qui sont interminables, et ses nuits qui sont remplies d’angoisses. Nous pouvons reconnaître là, bien sûr, le récit de tant de malades qui souffrent gravement, qui savent que leur vie est en danger, qui peut-être ont vécu leur existence, avant d’être malades, sans faire parfaitement attention au don que c’était que cette vie. Mais dès qu’ils sont malades ils sentent bien que cette vie a du prix, qu’ils y sont attachés même si elle est si douloureuse et si souffrante. C’est une expérience universelle que celle-ci.

J’ai commencé cette célébration en vous disant que nous étions une belle assemblée de l’Église universelle, mélangeant les peuples, les traditions et les cultures, mais se rejoignant dans l’expérience commune de la souffrance, de la maladie et de l’approche de la mort. Nous comprenons tous cela, et nous savons que nous sommes tous faits du « même bois », tous faits de la même nature capable de souffrir, d’avoir du mal dans l’existence. Mais voilà que déjà ce Job qui était fidèle parmi les fidèles et juste dans sa façon de mener son existence à l’égard de tous ceux qui l’entouraient dans la société où il était, juste à l’égard de ses enfants, de sa famille, ce Job qui souffre et qui ne trouve pas de sens à sa souffrance, sait qu’il peut faire confiance. C’est la dernière phrase que nous avons entendue : il y a une possibilité qui nous est donnée de permettre de vivre, dans la maladie, dans la souffrance, ou dans la violence subie, et que vivre cela n’est indifférent ni à Dieu, ni aux hommes. Bien sûr, il y a des sources de violence, il y a de la souffrance, il y a de la maladie, mais il y a, grâce au Seigneur, la présence de frères qui peuvent se montrer les prochains de celui qui souffre. Le Seigneur Jésus nous apprend que ce qu’il a vécu en venant sur la terre de la part du Père des Cieux, du Père Créateur avec lequel il partage tous ces dons qu’il nous fait en venant s’approcher des hommes, encourage ceux qui font du bien aux autres, vient dire que c’est un vrai signe de la proximité de Dieu que d’être proche de celui qui souffre, de l’accompagner, de le soigner, de l’aider à vivre ce moment de douleur qui est ce moment présent pour lui. Et ce moment présent pour lui peut être de longue durée : visiter un malade, être au côté de celui qui a été victime d’une violence, être proche par la pensée, par l’action, parce que le Bon Samaritain passe, s’occupe de celui qui est là, et puis s’en va en comptant sur le relais que l’aubergiste va prendre pour soigner ce blessé.

Chacun peut être proche par la pensée et nous ajoutons, quant à nous, par la prière. C’est une des premières fonctions que le Seigneur nous a assignées : se faire proche de celui qui souffre c’est un signe d’une espérance considérable, c’est le signe que Dieu lui-même s’occupe de ceux qui souffrent et ne les oublie pas, leur envoie des visiteurs, des hommes et des femmes pleins de compassion, capables à la fois de tenir la main du malade et du souffrant, capables de prier pour lui et de l’accompagner dans sa souffrance.

C’est bien clair qu’aujourd’hui où nous fêtons Notre-Dame de la Santé, de Velankanni, avec les prières que nous utilisons ici, de Notre-Dame de Lourdes, nous associons la Vierge Marie à tout accompagnement charitable, à toute douceur que nous saurons mettre auprès de ceux qui souffrent, à toute capacité d’aimer jusqu’au bout et de faire porter jusqu’au terme de la vie cette présence fraternelle que ce que nous appelons désormais les soins palliatifs permettent de vivre. Donner de la vie aux derniers instants par l’amour que l’on y met, la Vierge Marie, Notre-Dame, nous encourage de façon permanente à vivre cela.

C’est une joie de vivre cela aujourd’hui ensemble et de renouveler régulièrement, depuis maintenant quelques années dans cette église, cette dévotion à la Vierge Marie, regard maternel, regard du prochain vers celui qui souffre. C’est une joie de la fêter ensemble et de nous apercevoir ensemble que Notre-Dame de Velankanni, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de partout, sait montrer son regard de bonté, de douceur, sait encourager celui qui souffre et qui la regarde, sait montrer son Fils, sur la croix, qui souffre et qui est le frère de tous ceux qui ont du mal à vivre. C’est une joie d’être avec elle ce soir. C’est une joie pour chacun d’entre vous et, vous le savez, pour des millions et des centaines de millions, à travers le monde, de croyants chrétiens comme nous le sommes et même d’autres qui ne partagent pas notre foi chrétienne mais qui savent que la Vierge Marie est un regard aimant, et un regard de présence à ceux qui souffrent quels qu’ils soient. Nous nous confions à elle, nous savons que notre espérance dans tout ce que Dieu fait pour nous peut passer par son intercession. De toutes les cultures, de toutes les nations, nous nous sentons rejoints et reliés les uns aux autres dans cet amour.

Qu’il nous guide jour après jour.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

 Voir l’album-photos de la veillée

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